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 L'ombre du silence

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Pèlerin sans Monde

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MessageSujet: L'ombre du silence   Mer 6 Avr 2011 - 22:31

L’Ombre du Silence

Temple d’Héla
PV Sed

Un ciel obscur, des nuages menaçants qui semblaient prêt à déverser sur vous une infinie quantité de pluie, larmes refoulés d’un ciel monotone et pluvieux. Cette voute céleste embrumée était à peine visible au travers des feuillages sombres. Les yeux dorées quittèrent la couvaison des arbres et revinrent se poser autour de lui, avec une curiosité infantile.
Une forêt obscure entourait les pas des deux voyageurs, l’odeur douce de sève et celle de la terre encore légèrement humide embaumait l’espace. Le silence était entrecoupé en permanence par les bruits provenant de la forêt, des bruits parfois inquiétants, mais qui laissait entrevoir toute la vie qui fluctuaient dans les environs. Des bruissements de feuilles, des grattements réguliers, le craquement léger d’une branche, les grognements et parfois les cris des animaux peuplaient ces bois.

Sur l’étroit sentier, à peine assez large pour laisser passer une personne, deux voyageurs avançaient, encadrer d’arbuste possédant quelques épines inoffensive, veine tentative d’ériger autour d’eux un rempart contre les prédateur.
Les pas souples et légers des bottes en cuirs retentissaient à peine sur la piste. Des yeux gris, reflet incontestable de la voute céleste au-dessus d’eux, glissait avec aisance sur les alentours, sur les conifères, arbustes qui les entouraient.
Juste derrière ses pas, un autre jeune homme laissait son regard errer autour de lui. Ecoutait les bruits qui l’entouraient avec une curiosité certaine. Des cheveux mi- longs possédant les reflets de l’or retombaient désordonné sur sa nuque.
Autant dire que la présence de cet animal-là, était plus qu’étonnante dans ces lieux, silencieux et austère. Il ne faisait pas partie du décor. Il ressemblait à une pièce étrangère qu’on était venu introduire dans ce tableau de maître, dans ce décors sombre et glauque…
Malgré les nuages, l’éclat blond de sa chevelure ne se dissipait pas. Le contraste était tout de même saisissant.
Une petite touche de lumière.

Ce genre de voyageur n’était vraiment pas très rependu dans les contrées des ténèbres. Bien que Yomi et ses alentours étaient en train d’être modifier grâce à _ou à cause de, en fonction des points de vue_ la gardienne des ténèbres, les changements n’étaient pas encore considéré comme étant effectué, et de nombreuse personne continuait de se méfier de ses contrées sauvages qui pouvaient se montrer étonnement cruel pour les étrangers.

Le jeune « touriste » cligna des yeux. Cela faisait bien longtemps que Davon voulait effectuer ce voyage. Ce long et fastidieux voyage. Pas vraiment pour l’endroit mais surtout pour revoir quelqu’un.
Aileen.
Son amie, sa coéquipière… Une personne étrange qui l’avait méchamment repoussé la première fois qu’il avait tenté de l’approcher… Un animal méfiant, restant tapis, attendant et observant les évènements avec calme et singularité.
Cette amie… qu’il avait dû quitter à la suite de la boucherie, où la plupart des gardiens avaient péris… Il avait été le seul survivant et avait même participé à ce massacre. Il revoyait encore le corps sans vie du gardien de l’air retombé au sol. Pas de sang versez, son pouvoir avait foudroyé l’homme. Et pendant cet infime instant, cette fraction de seconde il avait vu l’éclat de la vie s’éteindre dans son regard.

Davon regrettait son geste… pas le fait d’avoir protégé Aileen, car si c’était à refaire il recommencerait, mais plutôt de l’avoir tué.
Le dévouement dont il avait fait preuve avait été effrayant… Il n’avait jamais voulu tuer quelqu’un. Cela n’était pas ça qu’il imaginait lorsqu’il commençait ses premiers pas en tant que gardien…

Sa main, frêle, vint frotter avec insistance son front alors que sa mâchoire se contractait. Sa gorge se serra.

De plus le simple fait qu’il ait assassiné le gardien de l’air aurait soulevé les élémentaristes de l’air contre la foudre. Et il n’était pas sure que les prêtres, assoiffés de puissance déclenché cette guerre redoutable qui n’entrainerait que destruction et mort.
Aileen avait montré à tous l’étendue de son pouvoir pendant que lui, retournait chez lui, en clandestin. Il avait vécu caché et reclus dans les sombres rues de RaiKanD’Jan, car, après que la nouvelle soit parvenu aux oreilles des différentes prêtres, ils l’avaient chassé, voulant que ce « renouvellement » s’effectue aussi chez eux et qu’un gardien plus « méritant » prenne sa place.

Alors, il avait demandé l’aide à son protecteur pour s’enfuir… un étrange homme du nom de Managarm qui l’avait pris sous son aile.
Et lorsqu’il lui avait demandé de le laisser se rendre sur les terres des ténèbres, l’homme n’avait pas eu l’air désappointé par sa requête, au contraire, il avait posé sur lui un regard d’un homme tranquille, qui métrisait déjà son coup, avec une habilité de maître.
Alors accompagné par l’un de ses nombreux fils, il l’avait envoyé à Yomi. La personne qui l’accompagnait était Thalys… Il était chargé de créer des échanges commerciaux avec la capitale des élémentaristes des ténèbres. Personne ne pouvait renier que Thalys avait quelques caractères types appartenant aux élémentariste des ténèbres, d’ailleurs c’était bien pour cela qu’il avait été envoyé là-bas.
C’était une personne assez sombre, semblant toujours plongé dans quelques pensés… Un regard assez calculateur et il avait toujours des gestes mesurés et vif.
Efficace.
Mais même si il restait un jeune homme bien silencieux, Davon n’était pas gêné par cette loquacité exemplaire.

Pendant leurs voyages Thalys lui avait adressé deux ou trois mots pour lui expliquer certaines choses sur le monde des ténèbres… Les quelques dangers qu’il pourrait encourir si il faisait tel ou tel action où se retrouvait dans tel ou tel situation. Il disait le minimum vital, sans vraiment se soucier de la compréhension du « touriste ».

Davon apercevait déjà les ombres épaisses de la ville. Les yeux de Thalys, ne dégageait aucune émotion. Le gardien aurait cru que le fait de revoir son chez soi, aurait fait manifester une certaine joie sur le visage du jeune homme.

- « Ne fais confiance à personne et garde tes affaires en sureté. La ville a beau être plus sure depuis que la gardienne est là, il faudra longtemps pour extraire celle-ci de la pourriture où elle s’est enlisé… »

Un silence s’installa, où seul le bruit infime de leurs respirations se faisait entendre dans l’air humide de la forêt. Thalys se décida enfin à reprendre la parole :

- « Sinon tu m’attendras au bas du Palais Royal au crépuscule, je viendrais te chercher… »

Davon leva la tête et observa le ciel sombre, en se demandant comment il était censé reconnaitre le « crépuscule » à l’ambiance générale des lieux… Il n’était pas assez habitué à cet endroit pour savoir quelques choses de précis.
Thalys laissa échapper un soupire devant l’incompréhension de Davon… Il détestait jouer au guide touristique. Surtout si c’était pour faire connaitre Yomi. Il détacha sa propre montre et fit arrêter Davon alors qu’il l’attachait autour de son poignet.

- « Euh… mais… »
- « Prend en soin. »

Davon hocha la tête alors que Thalys repartait. Le blond lui semblait être une personne étrange… un peu trop naïve pour un lieu tel qu’était Yomi. Thalys ne comprenait vraiment pas pourquoi son père l’avait seulement envoyé avec lui. Il aurait pu mobiliser un autre de ses frères ou l’une de ses sœurs pour pouvoir rester avec le blond.

Il bailla longuement alors que ses yeux parcouraient les lourds remparts, noirs où suintait en quelques endroits une humidité sourdre. La ville s’étendait devant eux, froide et austère, une rumeur sourde s’y élevait, ressemblant à des chuchotements discrets. Un ensemble qui formait un rempart d’incompréhension entre le monde extérieur et les habitants de cette ville.
Alors qu’ils continuaient à s’approcher, Thalys remarqua les gardes accoudé aux portes imposantes, leurs yeux perçants les détaillèrent, lui et surtout Davon qui le suivait de près. Sa physionomie ne pouvait pas passer inaperçue dans les rues de cette ville.
Quelques archers surveillaient les rues calmes de la ville. Les dalles grises n’avaient pas changé, le ciel était toujours aussi noir. Yomi avait changé. Elle avait l’image d’une ville en perpétuelle renouvellement. Quelques chantiers se dressaient dans certains endroits, d’autres bâtiments, neuf et solitaires semblait rutiler d’une nouvelle richesse qu’on accordait à la ville et aux habitants.
Mise à pars ses détails, la ville n’avait pas vraiment changé… beaucoup plus de garde ainsi qu’une certaine tension, pesante. La présence des soldats pouvaient être quelque chose de stressant, même si c’était le prix pour maintenir l’ordre, on aurait dit que certaine personne retenaient leurs souffles dès qu’elles passaient à découvert au milieu de la rue.

Davon observait avec insistance les quelques changements… Cela faisait toujours une grande différence par rapport à sa ville, ensoleillé et bondée… où les foules se glissaient s’en crainte au milieu des militaires. S’en soucier une seconde de l’empreinte presque malsaine que la religion empreignait dans chaque remparts dans chaque être qui vivait dans cette ville.

Le blond cligna des yeux alors qu’ils continuaient d’avancer en silence, écartant les pensées qui se dirigeait vers RaiKanD’Jan.
Il avait hâte de revoir Aileen… Même si pour cela il allait devoir rentrer dans le château et il n’était pas sure que ce soit gagné d’avance. En plus de ne connaître absolument personne dans cette ville, il n’avait rien pour assurer aux autres qu’il n’était pas un tueur sanguinaire qui était là pour avoir la peau de la gardienne.

Cette idée ridicule fit sourire Davon alors qu’il secouait légèrement la tête. Il releva les yeux vers la forme imposante du château qui dominait Yomi. Ses yeux brillèrent à l’idée qu’il allait peut être revoir son amie. Instinctivement il porta sa main à la garde son arme et eut un sourire… Aileen l’entrainerait peut être… Cela lui rappelait tellement de souvenirs.
La louve était une formidable combattante tout comme un très bon maître… Les longues séances épuisantes qui l’éreintaient, resteraient graver dans sa mémoire comme étant les souvenirs les plus savoureux de son existence.
Le gout salé de la sueur, la concentration intense déployé qui faisait tressaillir vos membres.

Après ce qui lui semblait être quelques minutes passés à marcher silencieusement, Davon remarqua que Thalys avait disparu. Il resta un moment immobile étonné par cette soudaine disparition. Il n’avait absolument rien remarqué. Il n’aurait même pas pu dire si le jeune homme l’avait prévenu avant de s’en aller.
Il avait surement du le laisser à l’entrée de la ville… Davon observa les alentours, déstabilisé. Il semblait perdu au milieu de cette rue, à l’interieur de cette ville. Quelques passants longeaient les murs, semblant l’éviter et lui lançant certaine fois quelques regards appuyés, étonnés, haineux, craintifs… Où recelait peut être d’autre pensée plus profonde que Davon n’arrivait pas à interpreter. Il se demanda un instant le chemin qu’il avait emprunté pour arriver aussi loin, il se retourna, essayant d’apercevoir un indice lui rappelant peut être quelque chose…

Mais rien… même, un silence dérangeant l’entourait. L’ambiance était plus sombre, plus inquiétante. Son cœur s’alourdissait alors que ses doigts caressaient discrètement la garde de son arme. Les dalles sous ses pieds commençaient à être recouverte de mousse et était déloger de leur emplacement initiale par quelques brins d’herbes qui poussaient çà et là. Les murs s’écaillaient et l’humidité entachait les bâtiments d’un marron rappelant le moisi.
C’était la première fois qu’il se rendait ici. Et Yomi avait un tout autre visage que celle qu’elle laissait entrapercevoir à l’entré. Davon se retourna et continua d’avancer, ses passe firent bien plus discret, bien plus silencieux. Semblant se soucier du moindre son qui pourrait percer ce silence, du moindre mouvement. Bientôt les quelques passants éparses disparurent totalement, le laissant seul.

Tout ne semblait qu’être immobilité.

Un vent chaud et lourd vint souffler au travers des goulots étroits que ces rues formaient. Davon s’arrêta soudainement, ses yeux venaient de rencontrer une vue saisissante. Des racines puissantes se nouaient à un bâtiment, semblant à un temple glacé de la présence des morts, et délogeait quelques pierres rendant l’édifice branlant. Un jeune chêne où un arbre s’y rapprochant, écrasait, écartelait peu à peu le bâtiment.
Une partie des murs s’étaient déjà écroulé, laissant entrevoir aux passants la noirceur qui résidait en son ventre.
Un frisson parcourut la peau du jeune homme alors qu’il fixait le temple, hypnotisé par ce bâtiment ancien témoignage d’une religion décadente à l’image de ce fidèle représentant. Déchu. Mais qui restait à sa place, luttant contre la lèpre que formait la végétation. La nature le saisissait, l’envahissait, se nourrissant de cette masse noire semblable à une carcasse encore fumante d’une ancienne vie.

Davon était seul.
Ses épaules se relâchèrent.


Mais un regard glacé vint transpercer sa nuque, se posant ensuite sur les cheveux blonds du jeune homme.
Les narines frémirent alors qu’un fumet montait jusqu’à cette ombre noire, une odeur désagréable, maudite. La lueur du fanatisme brulait à l’intérieur de ces prunelles. Un étranger puant l’animal. Cette horreur qui se glissait partout, félin représentant ce qu’il se devait d’éliminer pour satisfaire sa déesse, sa bien-aimée.

Ses dents se dévoilèrent en ce qu’on aurait pu appeler les grimaces d’un sourire alors qu’il disparaissait. L’inconnu se retira dans l’ombre.

P.S. : Alors voilà, je m’excuse encore pour le retard (j’ai été légèrement bloqué de plus je m’excuse pour ce que j’ai écris, je ne suis pas sure que ce soit franchement emballant…)

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MessageSujet: Re: L'ombre du silence   Sam 9 Avr 2011 - 13:17

Sale temps, pour changer! Le ciel pesait lourd, comme un couvercle, sur l'horizon sombre et morne, et Sed, qui descendait d'un pas allègre la route menant à Yomi, grommela en observant les nuages. Quoi d'étonnant à ce que les gens d'ici soient si agressifs, au vu de la pâle et triste météo? Oh, le soleil, les nuages, la beauté du paysage jouaient manifestement sur les êtres et les humeurs, sur le moral aussi...autant dire qu'à Yomi, c'était déprime, agressivité et moral en berne, comme ce ciel d'où pendaient des nuages déchirés de pluie. Le jeune homme secoua la tête, sentant la chaleur ambiante peser sur ses épaules comme une chape de plomb. Là où la chaleur était parfois revigorante, à Yomi elle était juste assommante; le temps, lourd, annonçait les orages de printemps. Mais alors que dans les autres mondes, cette électricité dans l'air coïncidait avec un ciel magnifique et contrasté, ici, à Yomi, l'horizon demeurait sombre, terne, sans relief. Un horizon qui donnait juste envie d'aller chercher la corde et le tabouret...Combien de fois Sed avait-il rêvé d'évasion? La cage, grise, sombre de la ville l'étouffait mieux que les anneaux d'un quelconque serpent constricteur, et il était comme un insecte affolé se débattant dans la gangue épaisse d'une vie où il tentait désespérément de ne pas s'enliser. Lui qui rêvait d'ailleurs et d'horizons, de liberté aussi, ne la trouvait que dans les livres, dont les secrets lui étaient accessibles grâce à la bonté d'un vieux noble lui ayant enseigné les lettres. Il avait cru un instant que ce bref passage, d'une semaine à peine, sur les terres du Feu l'apaiserait, mais en revenant à Yomi, l'odeur âcre de la ville, la noirceur de l'univers, les rires gras des ivrognes l'avaient pris à la gorge, plus encore qu'auparavant. Non, découvrir un ailleurs n'avait pas été une bonne idée en soi, désormais, Sed ne rêvait que de fuir et puisque ses désirs d'évasion avaient trouvés un appui tangible et réel, ils n'en étaient que plus intense.

Avec un bâillement, le jeune homme passa une main dans ses cheveux pour discipliner ses folles mèches à la couleur de corbeau, luisantes et noires de jais. Son physique était plutôt typique de celui des hommes des Ténèbres: Sed était de haute taille, plutôt svelte et finement musclé, avec un je ne sais quoi de félin dans son attitude et ses manières, l'air hâve et nonchalant, vigilant, de celui qui a vécu dans la rue. Sa peau pâle ne choquait pas et s'accordait plutôt bien avec son allure générale, mettant en valeur ses yeux. Ses yeux, la partie de son corps qu'il aimait le moins. Noisettes, ils étaient piquetés d'or et relativement perçants, alertes, avec même une pointe d'intelligence conséquente comparée au regard bovin de certains. Le genre de physique qui plaisait, mais...quand Sed croisait son propre regard dans un miroir, il sursautait, prisonnier de souvenirs peu appréciables. C'était là le regard et le physique de son père, cet homme soûl et violent qui ne frappait pas seulement sa compagne, mais aussi son fils, Seedle, devenu Sed. Même adulte, il demeurait prisonnier du fantôme de son géniteur...ce qui l'exaspérait. Cet homme lui avait empoisonné l'existence près de six ans, avant qu'il ne meure, mais même lorsque le cadavre de cette caricature d'humain avait été enterré, six pieds sous terre...il avait continué à hanter et oppresser Sed. Ah, Freud aurait eu un beau sujet d'expérimentation!

Sed avait envisagé d'aller marcher un peu en ville. Ayant fini son travail -il oeuvrait comme serviteur de la Louve, au Château Noir-, il ressentait le besoin de se dégourdir les jambes, loin de tous ces abrutis qui lui servaient de collègues et dont le vocabulaire se limitait à quelques mots basiques, tout en possédant, étonnant paradoxe, une réserve sidérante d'insultes, de jurons, de termes paillards et de noms d'alcools. Ah, le cerveau humain, quelle drôle de bête...Mais les serviteurs avaient fini par saisir ce point essentiel: Sed ne demandait qu'une chose, qu'on lui fiche la paix. Il n'avait aucune envie d'aller vider une quelconque chope avec tous ces braves abrutis, et tous ces jeunes loups aux dents longues, prêts à le poignarder dans le dos. Et encore moins envie de parler avec eux, dans ces mornes conversations où l'on n'échangeait que des banalités avant que l'alcool n'amène son lot de stupidités crasses. Et puis, quel intérêt? Sed tenait extrêmement bien l'alcool, au point qu'il n'avait vraiment eu droit à un vrai « coup dans le nez » qu'une seule fois, lors de sa première déception amoureuse. Ah, petit humain sensible! Et puis, il fallait bien avouer également que voir son père boire, boire encore et rentrer fin soûl, puant l'alcool à plein nez, pour flanquer des torgnoles à sa famille, avait durablement vacciné Sed contre ce « fleuron » de la culture humaine. En plus, ce n'était que vins âcres, bières fortes et autres alcools innommables, qu'on dénichait là. Aucun intérêt, strictement aucun...

Sed en était là de ses pensées quand un gamin voulut le détrousser et, sans se départir d'un sourire gentiment ironique, il attrapa d'un geste précis le poignet du garçonnet. Sans brutalité excessive, il lui annonça allègrement qu'il venait de découvrir ce qu'était l'Epic Fail, avant de, ancien voleur oblige, lui expliquer pourquoi il n'avait aucune chance. Lorsqu'il lâcha le gosse, ce dernier, âgé d'environ quatorze ans et humilié de s'être fait sermonner en public, fila littéralement la queue entre les pattes, ce qui tira un sourire à Sed. Lui aussi, il avait volé à Yomi, lui aussi il avait dû défendre ainsi son droit à l'existence...et c'était aussi pourquoi il était presque impossible de détrousser cet homme: attentif, il connaissait les trucs et astuces des voleurs et ne s'y laissait pas prendre.

Sed stoppa net en plein milieu de son avancée, regardant Yomi en fronçant le nez; la ville semblait encore plus agitée, encore plus glauque que de coutume...et pourtant, lorsqu'il s'y avança, frémissant de dégoût, elle se trouva être étrangement calme. Trop calme, et la tension pesa sur les épaules de Sed qui, par un pressentiment presque animal, se prit à accélérer lors de ses passages à découvert. Déambuler dans Yomi, vide ou bondée, était tout aussi dangereux et, retrouvant ses habitudes de voleur, le jeune homme d'une vingtaine d'années se coula le long des murs, sans savoir réellement où il allait ni où il voulait aller, jusqu'à ce qu'un lieu peu apprécié le fasse piler.
Un temple, un temple broyé, un temple à moitié effondré où subsistaient les fidèles. Le temple d'Héla, déesse sanguinaire, cette déesse qui haïssait les chats et qui justifiait le fait que la moitié des illuminés du Château poursuivent son chat, Talisman. Talisman, ce félin que Sed avait littéralement ramassé un beau jour et qui était devenu une chatte somptueuse, de près d'un mètre de long de la tête à la queue, drapée dans un pelage gris rayé de noir et au plastron blanc, aux yeux jaunes d'or. Une splendeur, un canon de beauté...que les fidèles d'Héla souhaitaient régulièrement massacrer, lorsqu'ils croisaient l'imprudent animal dans les couloirs sombres de Yomi. A ces occasions, Sed se faisait agressif. Malgré sa discrétion et sa méfiance naturelles, le jeune homme était plutôt du genre à montrer les crocs et mordre, avant qu'on ne le morde. Pour autant, il n'avait strictement aucun humour lorsqu'il pinçait un quelconque fidèle de la déesse de Yomi occupé à tenter de massacrer Talisman. A vrai dire, c'était l'une des occasions durant lesquelles il se montrait presque violent envers ceux qui demeuraient ses collègues de travail.

Pourtant, il reste un instant debout, immobile, devant ce temple étrange et sombre, cette bâtisse à moitié effondrée, résistant encore et encore à la gangrène de la verdure, incarnation d'une divinité qui lui tapait sur les nerfs. Et dans l'ombre...Sed allait se détourner, lorsqu'un pressentiment et cette part animale de lui-même le firent tressaillir. Un regard, un regard d'ombre et de glaces était posé sur lui, un être, un prêtre certainement, du moins un fidèle de cette déesse, qui dardait sur le jeune homme son regard noir. Sed se retourna pour fixer l'inconnu, un défi à peine contenu dans son regard noisette. Oui, il était prédateur, oui, il était félin. Panthère noire, il aimait prendre sa forme animale, pour la détente ou pour la chasse, pour le combat comme pour une simple promenade; cet accord avec sa transformation lui conférait une sorte d'aura, comme si son essence de léopard gravitait autour de lui. C'était probablement ce que sentait ce prêtre, ce qui justifiait la froideur de ce regard plein d'une obscure menace. Frémissant légèrement, de dégoût face à cette incarnation de la Haine plus que de peur, Sed fronça à peine les sourcils, mais une infime crispation des muscles de son visage lui conféra soudain une allure de fauve qui s'apprête à montrer les crocs ou feuler. Son regard, dur, froid, tranchant, ne lâchait plus cet homme qui soudain céda et recula, se fondant littéralement dans les ombres du temple, sans un mot. Expirant doucement, Sed s'aperçut alors de la tension qui s'était accumulée sur ses épaules, et à grands pas, qui avaient davantage pour but de libérer sa tension nerveuse que de se déplacer rapidement, il contourna le temple pour s'engager dans une ruelle.

Voulut s'engager dans une ruelle, mais en franchissant un coin obscur, il tomba à demi sur un homme étrange, immobile face au temple. Sed pila net, sur ses gardes, et d'instinct sa main chercha le rassurant contact du manche de son poignard. A Yomi, il ne faisait pas bon se déplacer sans arme et même s'il bénéficiait de ses crocs et griffes, il préférait encore posséder une arme blanche, qui lui permettait d'intimider un éventuel agresseur, ou juste de régler ses comptes sans avoir à user de ses pouvoirs. De toute manière, il n'aimait pas tuer avec sa forme animale, non pas qu'il soit sensible, mais...les animaux étaient si purs, si libres et sauvages, comme une vivante incarnation d'un bonheur simple auquel aspiraient tous les hommes. Nulle cruauté ni perversion chez eux; et si Sed, transformé, demeurait un esprit d'homme dans un corps de fauve malgré la puissance de l'instinct, il répugnait néanmoins à user de ce corps animal pour massacrer des hommes si veules, si bêtes. Si vains.
Il aurait pu éviter d'avoir ce réflexe; mais à Yomi, la survie et la sécurité passaient par la méfiance, parfois exacerbée, par le scepticisme et le maintien des distances, tant psychologiques que physiques. C'était là une règle que tous les enfants des rues intégraient vite. Pas de confident ni d'ami, de crainte d'offrir une arme trop évidente...Sed avait commis cette erreur, une fois. Son meilleur ami était devenu ennemi, il s'en souvenait encore...au final, il avait gagné la bataille, au prix de quelques contusions, d'une amitié, et d'une leçon qu'il n'oublierait jamais; lorsqu'il le tenait sous sa coupe, son ami, jeune voleur, avait profité d'une hésitation pour le flanquer par terre et lui crier de ne jamais, jamais hésiter à frapper. Jamais...Et Sed n'avait pas hésité, lacérant le visage de son agresseur pour se libérer. Il ne l'avait jamais revu; et jamais plus il ne s'était confié à qui que ce soit, de crainte de voir cette arme à double tranchant le frapper dans le dos.

En attendant, prompt à juger les êtres et observateur comme le sont tous les voleurs, Sed posa son regard sur l'homme. Il n'était pas d'ici, cela se voyait à son physique, en premier. Noirs de cheveu et d'yeux, les hommes de Yomi avaient le teint pâle et presque blanchâtre, souvent une peau scarifiée, et cet air désabusé au fond des yeux, celui d'êtres qui, s'ils avaient retrouvé une fierté face à l'acte de la Louve, ne se faisaient pour autant pas d'illusions sur leur condition. Cet humain n'avait probablement pas plus d'une vingtaine d'années, vingt-cinq ans, il se tenait haut et droit, et son teint, s'il n'était pas si hâlé, n'avait pas la couleur blanche de ceux d'ici. Plutôt d'un physique engageant, il possédait des cheveux blonds, dorés, le genre de chevelure qui ici tranchait, soleil au milieu des ombres de Yomi, tout comme ses yeux extraordinairement verts et brillants. Un physique peu commun, assurément. S'il avait encore fallu une preuve que cet homme n'était pas d'ici, Sed aurait également pu mentionner ce qu'il pressentait; l'attitude de l'homme, ses gestes, ses façons d'être n'avaient rien à voir avec ceux d'un homme de Yomi.
Un étranger donc...A Yomi ils se faisaient rares; la ville demeurait dangereuse. Etrangement content de croiser un visage qui ne soit pas celui, patibulaire, de trop d'êtres ici, Sed se força à un peu de sociabilité. Ceci revenait à dire qu'il esquissa un sourire, un sourire encore un peu méfiant, avec cet air nonchalant et faussement détaché d'un félin qui, faussement assoupi au haut de son mur, observe les alentours avec attention. Un sourire, et quelques mots:

« Bonjour. Je m'appelle Sed Meyan. »

Sed Meyan, le nom de jeune fille de sa mère et le diminutif de son propre prénom, Seedle. Mais s'appeler Seedle Fieldman, portant le même patronyme que son géniteur, Sed le refusait de toute sa force, ne supportant plus l'idée d'être lié à cette caricature d'humain, cette éponge avinée. Et nul ici ne le connaissait sous un quelconque autre nom, à l'exception des gardes de Yomi qui, sans le savoir, le connaissaient par son surnom: Chat de Maraude, en référence à l'habileté de Sed, lorsqu'il était voleur, à s'échapper pas les toits avec la souplesse et la vivacité d'un félin, de jour comme de nuit. Mais le Chat de Maraude avait trouvé une échappatoire et un travail, une chance de s'évader un jour, et même si l'inactivité trop longue affaiblit les ailes de l'oiseau en cage, il ne cessait pas de rêver à des cieux plus bleus et d'autres horizons.

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