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 On touche pas mon chat! [Kaïlee]

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Pèlerin sans Monde

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Pouvoir : Invocation d'un cheval noir.
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MessageSujet: On touche pas mon chat! [Kaïlee]   Lun 23 Aoû 2010 - 23:22


    "Non mais tu te rends compte que cette bête...
    - Rien à foutre de tes superstitions sans fondement! Tu lâches ce chat. Tout de suite."

    Le calme du ton des deux dernières phrases formait, avec l'exclamation précédente, un contraste inquiétant. Dans un couloir, deux hommes se faisaient face, éclairés par la lueur du couchant qui pénétrait les fenêtres propres. L'un d'eux, un châtain, tenait par la peau du cou un félin gris, un chat splendide aux yeux ambrés emplis de peur, drapé dans une fourrure grise et noire, portant un plastron et des pattes blanches. L'autre, debout, raide, poings serrés, avait en main une torche pour l'heure éteinte, qui avait pour vocation d'allumer les chandelles. C'était lui qui avait parlé de ce timbre si glacial, et maintenant il demeurait parfaitement immobile, dans une position qui lui aurait permis de frapper s'il le souhaitait. L'homme en face de lui, le châtain, le dominait de dix centimètres, aussi s'entêta-t-il, confiant dans sa suprématie physique:

    "Mais...tous les prêtres d'Héla nous apprennent qu'il faut tuer les chats, car ce sont des démons et des créatures malsaines qui causent des dégâts...
    - Et ta connerie, dis moi, elle a pas encore fait trop de dégâts, elle? Peut-être que si tu la débarrasse d'un chat, TA feignasse de déesse, qui ferait bien mieux de se bouger et de venir prendre soin de son monde, au lieu de courir après les chats et de rien branler de ses journées, te fera cadeau d'un cerveau? Parce que là, ça devient légèrement urgent quand même!
    - Mais je...
    - Ferme-la. Tes justifications, tes superstitions et tes croyances, je m'en tamponne. Lâche ce chat, ou tu vas aller dire bonjour au carrelage, et ne t'avise plus jamais de poser un œil dessus, sauf si tu veux le perdre! C'est bon, t'as compris, ou tu veux que je répète plus lentement avec des mots plus simples?"


    Le plus petit perdait visiblement patience, et tandis qu'il parlait avec animation, ses cheveux noirs voletaient autour de son visage au teint pâle. Le châtain commençait à froncer les sourcils, et la colère se lisait sur son visage, colère née non pas de l'incompréhension mais de la véhémence de son cadet:

    "Non mais attends là, tu te prends pour qui? T'es à peine un gosse, et tu voudrais me donner des ordres? Et tu m'insultes? Tu suçais encore ton pouce que moi j'étais déjà employé ici!
    - Lâche le chat, c'est tout. Sinon tu auras prouvé que tu es bel et bien un crétin. Si les abrutis volaient tu serais chef d'escadrille, et si la connerie se mesurait, tu serais au moins le mètre-étalon!!"


    Une soudaine rougeur monta aux joues du châtain, qui lâcha le chat. L'animal se réceptionna sur ses pattes et fila, hérissé, derrière les jambes de l'homme aux cheveux noirs. Le châtain, furibond, se rua sur le jeune homme.
    Physiquement, les deux étaient très différents. Celui qui avait lâché le chat possédait des cheveux noués en une sorte de catogan broussailleux, une barbe d'un jour qui ombrait ses joues rudes et sa mâchoire solide. Il était grand, relativement musculeux, avec l'air de l'homme solide qui s'est étoffé un peu. On lui aurait donné, de vue, entre trente et quarante ans, mais il demeurait relativement vif quoique empâté par l'alcool. Le jeune homme sur lequel il bondissait avait plutôt la vingtaine. Svelte et vif, il se tenait droit, avec un regard étonnamment alerte. Le genre de regard qui perçoit la moindre anomalie dans son environnement, les attitudes des autres personnes. Physiquement, il était beau. Son visage, fin, aux traits délicats, possédait cependant une ligne de mâchoire solide, ce qui lui permettait d'avoir l'air à la fois viril et élégant. Encadré de cheveux noirs mi-longs, qui mettaient en valeur son teint pâle, il était illuminé par des yeux noisette piquetés d'or sous des cils sombres. Le reste de son corps était à l'aune de sa figure: gracieux, élégant, délicat, mais néanmoins vigoureux et musclé. A vrai dire, il avait l'air hâve et gouailleurs des chats de gouttière, une sorte de nonchalance qui aurait pu en tromper certains. Mais son regard attentif, ses gestes vifs, ses réactions aux bruits et aux lumières prouvaient que cet homme était aux aguets, sans cesse sur le qui-vive et prêt à réagir à tout instant. Il possédait une musculature développée, quoique très fine, nerveuse. De taille moyenne, l'homme se voyait dominé par le châtain, assez grand.
    Cependant, le poing de ce dernier, tendu vers le nez droit de son cadet, ne fit qu'effleurer ce dernier. Avec une vivacité de fauve, il s'était jeté en arrière, avait retrouvé ses appuis, et frappé. Son poing cueillit l'homme, qui n'avait pas eu le temps de reculer, à la mâchoire. Le châtain vacilla, et le jeune homme, tirant avantage de cette faiblesse, le bloqua d'une main, puis le fit basculer en arrière d'une simple poussée de son bras sur la poitrine de l'attaquant. Le châtain s'effondra à terre où il resta quelques secondes, sonné. Le brun ne bougea pas. Le chat, qui avait suivi toute la scène, vint en ronronnant se frotter contre les jambes du gagnant. Ce dernier l'attrapa et le hissa dans ses bras, souriant lorsque l'animal mussa sa tête fine sous son cou. Lui chatouillant amicalement le col, il murmura au félin quelques mots doux et affectueux, puis reporta son attention sur son aîné qui se relevait péniblement. Sa voix, ironique et froide, heurta le vaincu presque physiquement:

    "Je t'avais prévenu. Même pour ça, tu sais pas réfléchir?

    - T'es qu'un petit voleur à peine sorti des rues de la capitale, Sed, et tu fais déjà le malin! Salopard..."

    Passant une main pensive sur son menton, l'homme grommela encore quelques injures bien senties, mais le plus jeune lui jeta un regard noir qui le poussa à filer l'échine basse. Plaçant le chat -la chatte en réalité- sur ses épaules, en travers, comme une écharpe de fourrure, le dénommé Sed ramassa la torche et se remit au travail, pensif.
    Ce n'était pas la première fois que quelqu'un essayait d'attaquer Talisman, son chat. Ces superstitieux croyants en Héla avaient une sainte horreur des chats, superstition bien ancrée dans les moeurs, trop bien au goût de Sed. Il arrivait donc fréquemment au jeune homme de devoir défendre son amie féline, à coups de répliques ou...de poings. Sed essayait de se passer de ce genre de coup d'éclat, mais il était hors de question qu'il se laisse marcher sur les pieds par cette brute avinée.
    Avinée. Le sourire qui jouait sur les lèvres du serviteur se coinça et disparut, tandis que sous ses yeux se dessinait l'image d'un ivrogne, son père. Son père qui rentrait fin soûl et battait sa mère, le battait, le traitait de tous les noms. Son père qui, un soir qu'il avait six ans, était parti et jamais revenu. A partir de là, Sed était devenu voleur à Yomi, sa mère mourant à ses quinze ans, et un jour était entré au service de la Louve, voilà deux ans de cela. Il y avait trouvé un travail, une amie: Talisman, son chat, seule personne à qui Sed daignât adresser la parole. Euh, t'as dit quoi là? La seule personne? Non, bien sûr, pas la seule...un autre sourire, plus chaleureux, se dessina sur les lèvres du jeune homme. Voilà quelques semaines déjà, il avait croisé, par hasard, dans une taverne, le dénommé Howl, le supérieur des serviteurs. Ils avaient fini, par la force des choses, par se retrouver en train de converser. La discussion, peu à peu, avait glissé vers les confidences, chose curieuse car ni Sed ni Howl n'étaient d'un naturel bavard, jusqu'à ce que Howl laisse échapper son nom de famille dans la discussion. Fieldman. Le père de Sed s'appelait Fieldman, mais le jeune homme, normalement nommé Seedle Fieldman, avait choisi d'utiliser un diminutif, Sed, et le nom de jeune fille de sa mère, Meyan. En tous cas, cette révélation lui avait fait l'effet d'un vrai coup de poing. Car cet homme, Howl, la chauve-souris, le serviteur personnel de la Louve, l'homme distant, haï et respecté par tous, était en réalité...son demi-frère. Un grand frère. Sed se souvenait de la suite de la scène comme si c'était hier, et ne l'oublierait sans doutes jamais. Howl, aussi sidéré que lui, avec le même espoir fou et la même crainte de se voir déçu au fond des yeux, le serrant dans ses bras pour lui glisser que seul leur père aurait pu le dire mais que, puisqu'il était mort...Vingt ans. Pendant vingt ans, ils avaient vécu, parfois proches puisque Howl avait été un voleur de Yomi, sans se connaître. Sans savoir que l'autre existait. Vingt ans de séparation...ils avaient fini la journée de congé que tous deux s'étaient vus accorder en discutant de choses et d'autres, de la Gardienne et de son loup, de Yomi et du Château, des chats et des humains, échangeant des anecdotes, des confidences, posant les bases d'une complicité qui, espérait Sed, durerait longtemps. Un grand frère...et Howl, il le savait, était aussi ravi que lui. Enfin, euh, il l'espérait très fortement, mais le fait que son frère garde tant ses distances l'étonnait un peu.

    Ayant achevé son travail, Sed éteignait la torche lorsqu'on lui tapa sur l'épaule. Hypersensible et les nerfs à vif comme toujours, il volta avec promptitude et se retrouva nez à nez avec un type de son âge à peu près, un serviteur du Château:

    "Tu viens faire un tour avec nous à la taverne?
    - Non.
    - Oh, allez...
    - Non, ça veut dire quoi pour toi?
    - Oh...t'étonnes pas si tu restes seul dans ton coin!"


    Le jeune homme s'éloigna. Sed avait refusé pour diverses raisons, la première étant que la compagnie de tous ces crétins l'ennuyait au mieux, l'exaspérait le plus souvent. De plus, son père avait été ivrogne, et le souvenir de cet homme flanquant des torgnoles à une femme et un gosse, fin bourré, avait achevé de dégoûter le jeune homme de l'alcool. Son père le hantait encore...et Sed, par malchance, ressemblait comme deux gouttes d'eau à l'homme qu'il haïssait le plus au monde. Lorsque son regard croisait un miroir, il ne pouvait réprimer un frisson, un tiraillement, en croisant ce regard si semblable à celui de l'ivrogne.
    Il rangea le matériel, songeant aux mots du serviteur. Tout seul...en réalité, il était vraiment isolé. Sans amis ni connaissances, à part Howl bien sûr. Le jeune homme ne parlait qu'à Talisman, se méfiait, défiance acquise au fil d'années de vol dans Yomi, de tout autre humain. La vie est une jungle, lutte pour survivre. Il l'avait bien intégrée, cette consigne, tellement bien que désormais, il ressemblait presque à son homologue félin...dans la jungle de sa vie, le Léopard noir chassait seul et montrait les crocs à quiconque s'approchait. Mordait. Griffait, se défendait et demeurait seul sans que cela lui pèse. Taciturne, il n'avait que peu de goût pour les relations humaines.

    Talisman toujours sur l'épaule, Sed retournait vers sa chambre lorsqu'un bruit l'alerta. Vif, il pivota et regarda dans cette direction. Son ouïe, bien sûr, fine, l'avait renseigné, mais c'était surtout une sorte de sens développé au contact de la vie féroce de la rue, qui lui apprenait la présence d'un humain non loin. Ou d'une humaine.

    "Qui est là?"


    Toujours sur tes gardes...sois moins méfiant, de temps en temps. Mais qu'est ce que c'était que cette conscience qui pointait son nez quand on n'avait pas besoin d'elle?

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MessageSujet: Re: On touche pas mon chat! [Kaïlee]   Sam 25 Déc 2010 - 21:01

    Kaïlee trébucha et s'aplatit le nez par terre, juste devant ce personnage qui ressemblait tant à la personne qu'elle voulait éviter. Oups.

    Mais comment Kaïlee était elle arrivée ici ? Epineuse question. Pour y répondre, nous remonterons le cours du temps quelques heures plus tôt (eh oui, je peux le faire, ahaah !), alors que la jeune femme allait entrer au château. Une magnifique panthère blanche tachetée de noir la suivait comme son ombre, et faillit s'engouffrer avec Kaïlee à l'intérieur, quand celle-ci, dans un éclair de conscience, posa une main sur son cou et lui enjoignit de rester au dehors. La panthère gronda, lui jeta un regard noir. Elle montra même légèrement les crocs, mais comprenait le bien fondé de la manœuvre. Après tout, déjà que se balader en ville avec un machin de trois cent kilos derrière soi, ce n'est pas recommandé, alors au milieu du château de Yomi, encore moins. La grosse bestiole blanche resterait dehors, si possible à gronder autour de l’endroit où les deux amies créchaient, à monter la garde. Yomi est une ville qui regroupe tout ce qu’il existe de cancrelats, alors une panthère de plus ou de moins… Disons que c’est utile.

    La jeune femme passa entre les deux portes noires qui se dévisageaient, imperturbables. Elle frissonna. Elle n’aimait pas beaucoup l’ambiance morbide de Yomi, alors le château… Il lui semblait toujours marchait dans un éternel couloir entrecoupé de portes donnant sur des salles grandes comme le monde. Elle en poussa une au hasard, recula. Cette dernière ne donnait que sur un placard à balais grand comme sa maison entière. Car les peintres ne sont pas riches, surtout dans le monde des Ténèbres. Ici, l’art ne s’apparente qu’à des tripes à l’air et des bides arrachés pourvus d’yeux qui pendouillent lentement, si possible avec un petit swiiip swiip. Très joyeux, très ragoûtant, bon-appétit-merci-les-gens. Alors que ce que préférait Kaï’, c’était tout de même des choses plus poétiques, comme des papillons, des oiseaux. Des trucs de ce genre, quoi. Pas de loups assoiffés de sang arrachant les tripes d’un pauvre lapin géant avec des dents grosses comme des immeubles. Quand même.

    Kaïlee frissonna et referma d’un coup sec la porte du placard, avant de percuter un objet encore non déterminé en reculant de quelques pas. En se retournant, elle se rendit compte que, en fait, la chose qu’elle avait heurté n’était autre qu’un… Ventre. Relativement imposant. En fait, elle se demandait comment la personne de sexe, euuh, indéterminée, pouvait encore réussir à marcher. Sans boucher le passage. Elle se mordit la lèvre en reculant de nouveau, pour, accessoirement, pouvoir respirer un peu. Elle se gratta la tête en faisant une moue à faire fondre un chamallow comme s’il était au dessus d’un barbecue. Mais la personne en face de Kaïlee n’était pas un chamallow, loin de là. Et ses yeux à la lueur bovine toisaient la jeune fille comme si elle allait la manger aux petits oignons (perspective peu réjouissante…). Kaïlee ne savait plus où se mettre et une goutte de sueur dégoulina lentement le long de sa nuque. La montagne, après avoir longuement contemplé la jeunette, se mit en marche : elle avança un bras qui ouvrit le placard et en sortit un grand balai qu’elle lui jeta violemment à la tête. D’un mouvement réflexe, Kaï’ attrapa le projectile, et passa vivement sur le côté pour se dégager et commencer à balayer activement le sol. Qu’à cela ne tienne, s’il lui fallait balayer pour arriver à ses fins, pas de problème, elle voulait bien balayer toutes les cahutes de Yomi. Et même plus, s’il le fallait. Car rien ne se dresserait bientôt plus entre Kaïlee et son objectif : redevenir quelqu’un, autre chose qu’une crapule où qu’elle aille, et surtout sortir de ce monde dont les représentants ne souhaitaient tous que lui faire la peau. Quoi que. Il semblerait, selon Howl qu’elle avait (pour sa plus grande malchance) croisé peu avant, que la gardienne de ce monde voulait rétablir la clé de la Lumière. Si seulement… Mais vu qu’elle avait assassiné tous les autres gardiens, rien n’était moins sur, et Kaïlee ne souhaitait pas perdre bêtement la vie dans un retournement d’humeur de la Louve. Sûrement pas. Elle fit quelques pas en jetant lentement et d’une façon de métronome le balai devant elle. Elle jeta un coup d’œil autour d’elle. La montagne avait, d’une façon tout à fait étonnante, disparu. Comment était-ce possible ? Mais ça n’était pas si important. Kaïlee se jeta en avant, trottinant dans les couloirs pour réussir à trouver rapidement La Louve. Elle ne voulait pas rester plus de temps qu’il n’était nécessaire dans cet endroit de mort, elle n’y gagnerait qu’à être découverte et emprisonnée, voir tuée sur le coup. Très réjouissant, heureusement qu’elle avait eu des années pour parfaire son déguisement de parfaite petite habitante des ténèbres, sadique et impersonnelle. Mais la peur était toujours là, lancinante : Howl n’avait eu aucun mal à la découvrir malgré ses précautions, bien que ce fut elle qui avait assené la vérité.

    Elle tourna à un énième carrefour, tentant tant bien que mal de se repérer, et se rendit compte qu’elle était définitivement perdue. Elle se serait tapée la tête contre un mur, si ça n’aurait pas attiré l’attention. Pour bien faire tout de même, elle serra bien fort les dents et lança un regard noir à un groupe de jeunes qui passaient, chose qui les ferait sûrement bien rigoler lorsqu’ils seraient à la taverne dans laquelle ils se rendaient sûrement. Elle s’en fichait éperdument, surtout à cette heure ci. Elle se rendit, lentement, dans la direction d’où ils venaient, n’ayant d’autre endroit où aller. Ce fut là qu’elle se cacha d’un mouvement félin derrière une colonnade. Mais ça ne changea pas grand chose, car Kaïlee fit preuve d’une très grande maladresse. Elle tomba. Comme une merde.

    Voilà, il me semble que nous en étions ici avant ce magnifique flash back pour une plus grande compréhension de votre part. Bawi, je ne pouvais décemment pas vous laisser patiner dans la semoule comme ça, alors que tout était clair dans mon esprit. Donc maintenant que vous êtes au courant de la façon dont la jeune fille s’est introduite dans le château et a réussi à s’exploser le nez et le front sur le carrelage…

    Kaïlee se releva vivement, une main sur son nez. Ce dernier, ayant pris un violent coup, saignait abondamment. La jeune fille pesta, d’une façon bien indigne d’une jeune fille d’ailleurs, avant de sortir un mouchoir de son sac. Elle porta ce dernier à la blessure. Il s’imbiba rapidement de rouge, et Kaï commença à en avoir plein les doigts. Momentanément distraite par ce mal, elle revint rapidement à l’inconnu qui la dévisageait. Car, elle le remarquait maintenant, ce n’était sûrement pas Howl qui la détaillait ainsi, quelques différences étaient notables : déjà, le fait qu’il ne soit pas de la même classe sociale, cela sautait aux yeux. Bien que bien habillé et soyant d’un naturel classe, il y avait une différence que la jeune fille ne saisissait pas. Mais cette différence était présente. Donc. Bilan des courses. Kaïlee n’avait aucune idée de la personne devant qui elle se tenait, qui ressemblait d’une façon tout à fait étrange et de mauvaise augure à une personne qui la détestait. Et qui portait un magnifique chat de Birmanie sur ses épaules. Kaï’ recula d’un pas. Elle ne savait pas du tout quoi faire, elle choisit donc de ne rien dire. Ca éviterait déjà de la compromettre. Un peu.

    Elle se reprit lentement, alors que des gouttes de sang tombaient de façon régulière de son mouchoir désormais inutilisable. Plic. Ploc. Le silence environnant n’était brisé que par ce son cristallin d’eau sur le sol. De l’eau rouge et épaisse, qui tâcherait de façon presque indélébile les pavés. Elle retira la pièce immaculée de son visage, laissant apparaître deux grands yeux bleus cobalt. Ces derniers, froids, toisaient la personne devant elle. Kaïlee n’était pas antipathique avec ses congénères humains de nature. Elle était juste dans le monde des ténèbres.

    Une douleur lancinante partait de son nez et cognait dans tout son crâne, l’empêchant de réfléchir de façon logique et normale. Elle n’arrivait qu’à regardait devant elle comme un poisson mort en se demandant si la personne devant elle allait tenter de l’achever d’un coup de machette ou à coup de hache. Il fallait dire qu’elle était tout de même légèrement sonnée, et que le sang gouttait toujours lentement le long de ses lèvres, se perdant dans sa bouche et y laissant un goût de cuivre. Une partie de ce sang passait sur le menton et gouttait au sol de nouveau. Plic. Ploc. Elle passa sa main libre sur son front, une atroce migraine commençait à l’attaquer sauvagement. Elle espérait ne pas s’être cassé le nez, c’était quelque chose qu’elle avait souvent redouté (elle s’était déjà pris un nombre incroyable de murs dans la figure. Des sols, moins.). Kaï’ n’est pas une fille particulièrement maladroite, mais il lui arrive souvent d’être dans la lune et inattentive. Il ne fallait surtout pas se fier aux apparences : lorsqu’il lui prenait l’envie d’être alerte et de se battre, s’était une vraie furie, vive et agile comme le chat qui bondit, patiente et forte comme le loup qui attaque. Mais aussi fragile comme l’oiseau qui entame son premier vol, ou légère comme le papillon de nuit. Rapide et fragile. Forte et faible à la fois. Pour l’instant, à vrai dire, elle n’aurait pas été capable de repousser un lapin assez combatif pour la mordre. Un petit lapin. La douleur partant de son nez annihilait ses capacités de réflexions, et brouillait lentement sa vue. Elle pressa sa main contre son front. Elle ne devait surtout pas s’évanouir… Non, surtout… Pas…

    Elle tomba à genoux. Ses jambes ne la portaient plus. Le coup devait être plus rude qu’elle n’en avait eu l’impression. Comment une simple chute avait elle pu la mettre dans cet état ? Elle avait pourtant subi des tas de choses, de chutes, de coups sans jamais se plaindre, mais là, elle était juste… Tombée…

    Kaïlee n’avait pas dit un mot, pas lâché une plainte. Sa douleur ne regardait qu’elle. Son seul problème était ce personnage, là, qui était sûrement un cousin ou un frère de la personne qui la détestait et qui était le serviteur de la louve. Ainsi que, peut être, la toile d’araignée de nerfs qui lançait des appels désespérés à son cerveau pour lui dire que quelque chose n’allait pas. Bien sur, petits nerfs, Kaï’ avait bien compris que quelque chose n’allait pas, inutile de la faire souffrir ainsi ! Mais c’est têtu un nerf. Alors la douleur lancinante emplissait lentement tout son crâne, toutes ses pensées, et l’emmenait, loin…

    Elle était toujours consciente. Elle savait parfaitement où commençait et où terminait son corps. Mais elle ne voyait plus rien autour d’elle que des formes mouvantes dans un camaïeu de noir de brun et de jaune. Elle ne voyait plus rien du tout. Que le sang, rouge, qui gouttait. Plic. Ploc.


    1849 mots ^^
    Désoléedésoléedésolée de l'attente, vraiment :/ Et Joyeux Noël ^^
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MessageSujet: Re: On touche pas mon chat! [Kaïlee]   Dim 2 Jan 2011 - 16:16

Euh...Une fille. Une femme plutôt, qui venait de s'étaler à ses pieds avec tant de vigueur que Sed n'eut que le temps de sursauter, même pas celui de tendre le bras pour essayer de rattraper la demoiselle. La jeune femme cogna sur le sol dur, dallé, et Sed entendit clairement le bruit rude des os qui heurtent le sol. Matière dure contre matière dure. Le jeune homme, soudain compatissant, grimaça sans rien dire. Ca devait pas être bien jouissif de se vautrer de la sorte...restait à espérer que la demoiselle ne s'était pas assommée, il se voyait mal faire une séance de secourisme au beau milieu du Château Noir...même lorsque la journée de travail était terminée! Sed fut rassuré en voyant la jeune femme se relever avec vigueur. Une vivacité qui ne fut pas sans lui faire penser à un animal, peut-être un félin, un chat...oui, elle avait des allures de fauves. Peut-être se transformait-elle en félin? Après tout, lui même, côtoyant Talisman et se transformant en léopard, avait quelques manières plutôt félines qu'humaines. Cette façon de s'étirer le matin, notamment...Ou bien le peu d'affection qu'il éprouvait envers le bruit, les cris, toutes ces choses que certains humains voyaient comme nécessaires et qui ne l'étaient pas, du moins, pas à ses yeux. Il appréciait si peu le bruit, les mouvements et la cohue de la foule alentours...c'était aussi une des raisons pour lesquelles il mettait relativement peu les pieds dans les rues de Yomi, et encore moins à la taverne. La promiscuité, cette atmosphère lourde et enfumée, les odeurs de vin, et d'autres plus aigres, les rires gras, les cris, les chansons ridicules...Sed n'aimait pas la compagnie, à vrai dire. Pas du tout.
Relativement saisi, il fallait le dire, par ce crash humain juste à ses pieds -oui, il savait qu'il avait un certain charme, mais à ce point??-, il ne broncha pas, attendant que la demoiselle ait un peu repris du poil de la bête avant de s'adresser à elle. Il regarda donc la jeune femme sortir de son sac un mouchoir, et le porter à son nez. Le délicat appendice n'avait visiblement pas apprécié le traitement qu'il venait de subir et se vengea en inondant littéralement le mouchoir à l'origine blanc, et qui vira à un beau rouge carmin oscillant vers le bordeaux. Ouh là là...Sed s'était pris sa part de coups de poings dans le nez, comme tout homme ayant grandi dans la rue, cet univers rude où la règle était tout simplement de frapper avant d'être frappé, de tuer avant d'être tué. Souvent, il s'en souvenait, il s'était tenu immobile sur un toit, enfant sauvage, adolescent renfermé, scrutant l'horizon en rêvant aux autres mondes dont on lui parlait, parfois, au gré des conversations. Oh! Fuir, prendre son envol loin de la grisaille de la ville, loin de la haine et des coups, loin de sa mère abrutie à force de boisson au point de ne plus le reconnaître! S'échapper de cette cage grise et froide, sordide, qu'était le Monde des Ténèbres, et trouver une autre vie, un monde plus chaud, plus beau, plus chatoyant. Enfant, il avait dans la tête les rêves d'une autre existence, le désir ardent de s'envoler. Mais les ailes de l'oiseau étaient clouées au sol et s'étaient peu à peu atrophiées. Il avait cessé de rêver, et lorsque d'aventure il se réfugiait sur les toits après un larcin plus audacieux que les autres afin de dévorer son butin -il n'avait jamais volé que pour vivre-, quand parfois ses yeux se posaient sur l'horizon, sur le coucher de soleil qui le narguait, gris et terne, si loin des enchantements que décrivaient les voyageurs, la seule chose qui lui venait à l'esprit était de savoir s'il vivrait assez pour voir le suivant. Chaque jour courir, voler, se nourrir, se battre et parfois tuer, chaque jour fuir, et s'échapper par les toits au nez et à la barbe des gardes ou des victimes. Courir, fuir, se cacher, être chassé, revenir, manger. C'était une vie d'animal, moins qu'une vie d'animal, une simple survie sans objet. Perdant ses illusions, il avait perdu ses rêves. Perdant ses rêves, il s'était perdu lui-même, tout simplement. Fils illégitime d'un père ivrogne et violent, d'une mère morte, fils de personne, sans famille, il n'avait ni passé ni avenir et se sentait opprimé entre les murs sombres de Yomi, sans savoir exactement à quels horizons il aspirait. Il avait passé des années ainsi, grandi comme un animal sauvage dans une société qui ne l'était pas moins, où tout un chacun frayait avec les voleurs et les tueurs sans se poser de questions et où le couteau fonctionnait plus que les langues pour régler les différents. Noyé dans cette foule compacte et abrutie, il avait réagi en édifiant une véritable carapace, pour se protéger de ce monde qui agressait ses sens hypersensibles et le bousculait sans ménagements. Il avait appris à tailler sa route à coups de poings, de poignard ou de griffes. Enfant, il avait vite compris qu'il lui fallait devenir plus féroce que le fauve en lequel il se transformait s'il voulait survivre...et comme il avait toujours voulu survivre, il était devenu sauvage. Il y avait perdu les bonnes manières et la gentillesse de tout enfant, et gagné, tout simplement, la capacité de vivre dans cet univers de fous et de tueurs, insignifiants, violents.
Et cela aurait continué si la Louve n'avait pas tué les autres Gardiens. Sed avait été de ceux qui l'avaient vu expliquer son geste à une foule ébahie. Elle avait dû en susciter des passions ce jour-là, mais pour le jeune homme ce fut tout différent. Elle avait rendu leur fierté aux gens des Ténèbres, et cela, il ne l'oublierait pas. Et surtout, elle leur avait prouvé à tous qu'il était possible de changer un destin quel qu'en soit le prix, en avait extirpé certains de leur désespoir, et avait offert au jeune voleur perdu un nouvel objectif. Un nouveau sens à son existence de larcins et de combats. Ce fut l'acte de la Louve qui décida le jeune homme à prendre sa vie en main au lieu de se noyer dans la foule grouillante, compacte, de ce monde humide et miséreux. Il travailla, lutta, chercha le meilleur moyen de s'élever dans la société afin de pouvoir, enfin, quitter cette ville qui le révulsait. Il se battit tant et si bien qu'il se trouva un jour engagé au service de la Louve par un dénommé Howl, un gaillard de bonne taille aux cheveux aussi sombres que les siens, au regard semblable. Il se fichait bien de s'élever dans la hiérarchie mais il faisait son travail avec conscience, suffisamment intelligent pour en devenir efficace, mais aussi pour souffrir de la compagnie de tous ces autres crétins, idiots congénitaux ne comprenant qu'à peine ce qu'ils faisaient. Et bien incapables de voir au-delà de leur misérable condition. Oui, il était ambitieux...à sa façon. Ambitieux par son désir de liberté, parce que dans ce monde, pour être libre il fallait être haut placé. Et si c'était le prix à payer pour pouvoir un jour fuir ce monde qu'il haïssait, et vivre autrement, vivre tout simplement, il le paierait.
Face à lui, la jeune femme, qui ne devait pas être loin de son âge, une très belle femme au demeurant avec ses cheveux bruns auréolant son visage et ses grands yeux bleu cobalt. C'était un visage harmonieux qui faisait presque penser Sed à son amour d'antan, Asaka, une jolie jeune fille d'artisan. Il l'avait aimé, deux ou trois ans durant, mais leur idylle avait brusquement pris fin lorsque le père de la jeune fille les avait séparés avec vigueur, balançant à Sed un coup de poing qui avait brisé la clavicule du jeune homme, qui avait fui pour ne pas voler dans les plumes du père d'Asaka. Il n'avait jamais revu la fille, peut-être s'était-elle mariée, maintenant? En tous cas, elle avait ressemblé à cette femme, mais avec un air moins sauvage, et des yeux plus pâles que ce regard perçant. L'inconnue le détaillait sans aucune aménité, presque d'un air méfiant. Pourtant, Sed était certain de ne l'avoir jamais rencontrée...ses yeux coururent sur toute sa personne, de sa chevelure brillante et toujours un peu désordonnée à son corps fin et nerveux en passant par son visage clair aux yeux noisette dorés. Il se sentait toujours un peu mal à l'aise quand on l'observait de la sorte, non pas qu'il soit gêné de se voir dévisagé, mais il ressemblait comme deux gouttes d'eau à son père, ou presque, et il avait quelques comptes pas tout à fait réglés avec ce vieil ivrogne là. Ce type qui rentrait tous les soirs fin soûl et qui lui balançait des torgnoles à la volée sans se gêner, puis faisait la même chose à la mère de l'enfant. Ce type violent et alcoolique qui, avait il appris récemment, faisait subir sensiblement la même chose à son premier fils, un dénommé Howl, jusqu'à ce que ce dernier fuie l'homme avec sa mère, et qu'ils trouvent refuge chez la grand-mère de l'actuel serviteur de la Louve. S'était ensuivi pour eux un répit de six ans au cours duquel Sed était né et avait grandi sous la coupe de cet ivrogne là, devenant de jour en jour plus silencieux, sauvage et renfermé. Il se souvenait du dernier soir où son père -qu'il était difficile de l'appeler ainsi!- avait poussé la porte de la maison en vociférant au sujet d'un gosse et d'une autre femme, et était parti dans la nuit en hurlant qu'il allait balancer l'enfant dans la Rivière de l'Oubli. C'est par Howl que Sed avait découvert la suite, à savoir que l'homme avait tué sa première épouse et était ensuite mort sous les coups de son fils. Enfin...Sed balaya tous ces souvenirs, mais ne put s'empêcher de se faire remarquer à lui-même qu'il serait éternellement reconnaissant à Howl d'avoir réglé son compte à leur géniteur. Il n'empêche qu'il lui ressemblait trop à son goût, au point de sursauter lorsque parfois, il croisait son propre regard dans un miroir.
La jeune femme en face de lui semblait avoir fini son examen, mais elle n'allait manifestement pas bien...Sed pouvait le comprendre, le nez est l'un des points les plus sensibles du corps humains et n'importe quel bagarreur sait qu'en envoyant son poing sur le nez de l'adversaire, il lui fera venir les larmes aux yeux et le contraindra à stopper son action, étourdi. Alors, il ne s'étonnait pas de voir la femme vaciller. Il ouvrit la bouche pour lui demander qui elle était -si elle était une intruse, il ferait son travail en prévenant son frère, Howl-, mais au moment où il accomplissait ce geste anodin, les genoux de la femme plièrent et elle s'effondra comme une masse. Pourtant, elle demeurait consciente, c'était visible à ses tremblements légers et au clignement de ses yeux qui restaient ouverts. Sed hésita un instant à l'attraper par l'épaule et la soutenir, puis renonça: la méfiance était presque une valeur ici. Il n'avait aucune envie que cette femme croie à une attaque et lui plante un poignard dans le ventre, ou juste son poing d'ailleurs, c'est pas plus agréable. Mais elle ne semblait vraiment pas aller bien...Il mit un genou en terre en évitant la mare de sang qui coulait du nez de l'inconnue, encore indécis. Finalement, ce fut une forme de galanterie qui l'emporta, à savoir la conscience que ça ne se faisait pas de laisser une jeune femme se vider de son sang sous son nez, qu'il sache ou non qui elle était. Oui mais s'il l'attrapait, elle risquait de réagir. Et la générosité trouve ses limites là où les autres réagissent: il ne voulait pas s'attirer d'ennuis. Si elle tenait à saloper le carrelage sans aide, à sa guise...en attendant, Sed, voyant qu'elle tenait à peine à genoux, tendit la main pour l'attraper par l'épaule, fermement mais sans brutalité, juste histoire d'éviter qu'elle ne se crashe une deuxième fois, cette fois-ci dans une mare de sang. Il chercha un moyen d'attirer son attention. Le plus simple était de lui parler et de lui demander son avis, non? Sed jaugea la femme qui ressemblait à Asaka. Madame, mademoiselle? Allez, on tranche.

« Vous avez besoin d'aide? »

Jolie façon de contourner la difficulté, bonhomme. Mais si elle répond non, que ferait-il? Il irait probablement annoncer à un serviteur qui irait le dire à un autre qui irait raconter à Howl qu'une intruse se trouvait dans le Château Noir, et démerde-toi, grand frère. Enfin...elle n'avait pas encore répondu.
Pendant ce temps, la chatte Maine Coon, Talisman, était descendue de ses épaules et contourna la flaque sanglante pour venir flairer l'inconnue, prudemment. Puis elle se dressa sur ses pattes arrières, appuya une patte sur le genou de la femme et émit un miaulement. Une sorte de salutation féline, en somme, un peu interrogatrice.

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Joyeux Noël et bonne année à toi aussi!!
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MessageSujet: Re: On touche pas mon chat! [Kaïlee]   Mar 11 Jan 2011 - 18:23



    Les lumières étaient floues autour d'elle. Elle ne voyait plus grand chose que de grands ronds de lumières ourlés de noir. Ses grands yeux bleus n'étaient pas emplis de larme, mais plus inertes comme ceux d'un poisson mort. Eux qui, d'habitude, étaient vifs et semblaient fixer le moindre mouvement ! Elle pesta intérieurement. Elle savait... Elle pensait que, bientôt, la douleur refluerait lentement, glisserait le long de son visage, et ne resterait plus qu'un point sensible au niveau de son nez. Alors elle pourrait se relever, observer la personne qui se trouvait devant elle... Devait se trouver, Kaï' n'était plus sûre de rien. Le temps n'était plus qu'une longue roue qui tournait dans le vide et manquait à tout moment de l'emporter dans un espace temps d'où elle n'était pas sûre de revenir. Elle vacilla... Une main lui serra l'épaule. Elle tressaillit, tenta de faire un mouvement maladroit, de se dégager peut être. Elle ne savait même plus ce qu'elle faisait, ce qu'elle avait envie de faire. Mais cette poigne, sur son épaule, lui faisait peur. Elle avait peur de ce qui pouvait lui arriver. Cette personne, là... Allait elle tenter de jouer avec elle, profitant momentanément de son incapacité à réagir ? A cette pensée elle frémit d'indignation. Si cela se passait ainsi, elle ne se laisserait pas faire, quel que soit l'état où elle était. Mais peut être... Voulait il l'aider ? Tss, Kaïlee, ne rêve pas. Tout de même, tu ne crois pas qu'un habitant des ténèbres pourrait te venir en aide. Si seulement c'était le cas, alors jeune fille tu avais beaucoup de chance, la plupart t'auraient juste planté un couteau dans le dos pour récupérer ta bourse en toute légitimité. Ton corps aurait finit dans une fosse communale, au milieu de tas d'autres cadavres putréfiés. Mais de toute façon, Kaï, si ton rêve momentané se réalise, tout cela n'avait aucune raison d'être.

    L'ange, perdu aux enfers, fit un voeux.

      "S'il vous plait... "


    Murmure, murmure que seule une oreille exercée, une oreille n'attendant qu'une parole d'elle pouvait entendre. Elle ne s'adressait à personne. Une prière à un dieu quelconque ? Kaï se rappela dans un éclair de lucidité que les rares histoires qu'elle avait entendu sur les lumières parlaient d'eux comme de fervents prêtres, déférents envers leurs dieux. Elle comprenait pourquoi, maintenant, même si elle n'était pas prête à les imiter. Prier en un dieu était un moyen de les rassembler, de les unifier, et de ne pas... Perdre espoir. Elle releva la tête. Devant elle, la personne qui avait provoqué sa surprise. Elle cligna des yeux. Elle le reconnaissait, croyait le deviner, mais la douleur envahissait toujours son esprit de pensées inutiles et ses nerfs optiques avaient du mal à s'en remettre. Elle entendit quelque chose...

      "Vous avez besoin d'aide ?"


    Elle laissa le temps à ses paroles d'arriver à son cerveau, et à ce dernier de les classer. Il... Comment ? Il lui proposait son aide ? Pour une fois, du haut de son regard d'ange, d'archange tombé à terre, elle discerna dans ce monde de haine et de froideur une magnifique lumière. La lumière d'une espoir. Ténu, peut être, mais bel et bien présent. Ce dernier n'attendait qu'un souffle pour se ranimer. Elle hésita, regarda cette flamme vaciller. Ne manquerait elle pas de détruire cette lumière onirique en tentant de lui insuffler plus de vie ? Quelque chose... Quelque chose touche son genoux. Un... Un animal. La forme de la tête, le poil doux et soyeux... Ah, oui ! Souvenir. Le chat, qui était étendu sur les épaules de ce jeune homme, lorsqu'elle avait eu le temps de l'apercevoir. Un chat... Magnifique. Blanc, poils longs. Souvenir... L'once. Elle l'attendait quelque part. Dehors. Elle se morfondait sûrement, son amie... Kaï lève un bras. Douleur, tout ses nerfs doivent être reliés à la zone avant du crâne, c'est impossible ! Mais tant pis. Douce caresse le long du dos du petit félin. Bonheur indicible de sentir la chaleur d'un petit corps animal. Amical. La caresse ne dura qu'une poignée de seconde. Peut être l'animal s'était il sauvé, apeuré par ce geste de l'inconnue qu'elle était pour lui. Peut être était il toujours là... Les sens affaiblis de la jeune femme ne permettaient pas de le dire. La question... Oui, ah oui ! Il a posé une question, il a proposé son aide.

    Dilemne.

    Sur lequel reposait sa vie. Lui indiquer sa sacoche, qu'elle ne pouvait atteindre, et les herbes salvatrices qu'elles renfermaient ? La douleur persistait, et quelques grammes de ces larges pâles verts foncées puis tout serait fini. Mais pour cela... Il devait fouiller dans le sac. Et dans le sac... Son secret. Le secret qui décidait de sa vie, de sa mort. Le secret qui donnait toute emprise sur elle à ceux qui le découvraient. Son secret... Contre la douleur. Et la confiance. La confiance, denrée rare, chose précieuse que l'on n'accorde qu'à des amis... Mais la personne devant elle n'était pas un ami. C'était un inconnu. Mais cet inconnu pouvait la sauver... Ou la tuer. Détestait il les lumières ? Avait de ces préjugés que tout le peuple des ténèbres entretenait ? Peut être. Sûrement. Mais... Il avait proposé son aide, ce qui était un bon point pour lui. Et le chat... Kaï ne savait pas ce que c'était comme chat, mais elle aimait beaucoup ces derniers. Elle même tenait du loup dans ses gênes, mais sa meilleur amie, son seul compagnon n'était autre qu'un énorme chat... Un énorme et dangereux chat. Alors... Que faire ? Dans ce sac... Le salut.

    La mort.

    Elle releva la tête de nouveau. Cet inconnu était bien patient, ou le temps passait bien lentement pour elle, annihilé par la douleur. La deuxième solution était la plus plausible. Elle hésita.. Ouvrit la bouche. La referma. Ferma les yeux. Chercha longuement les mots qui allaient la sauver, tentant d'éviter ceux qui la précipiteraient au fond du gouffre. Se jeta à l'eau.

      "S'il te plait... Ma sacoche. Les feuilles... Les... Vertes... Foncées. Bleues, un peu... L'outre... Je t'en supplie..."


    Dans le sac, elle savait parfaitement ce qu'il y avait. De l'eau fraiche dans une outre propre, des herbes salvatrices ou porteuses de mort. Mais surtout... Ses clés de chaume. Un peu d'argent. Mais aussi... La preuve irréfutable qu'elle était une lumière : quelques tubes de gouache, du bleu du rouge et du jaune, un petit carnet qu'il n'ouvrirait peut être pas, et une ou deux toilers tenant sur une paume de main. Enfin, s'ilne concluait pas que c'était une lumière, il y avait aussi quelques fils d'or finement tissés représentant une arabesque rappelant un soleil. Bien en évidence, bien sûr, Kaï n'ayant jamais imaginé laisser quelqu'un fouiller dans sa sacoche, et sûrement pas de son plein grès. En fait, elle n'avait jamais vraiment imaginé se retrouver dans cette position de faiblesse. Elle regarda autour d'elle, sans rien voir. Le sang s'était lentement arrêté de couler, coagulant sur son visage. Elle leva le bras pour tenter de l'amener à son nez, enfin ce qui lui tenait lieu de nez car elle ne sentait plus rien à cet endroit, résistant tant bien que mal à la douleur qui remontait du bout de ses doigts, enflait le long de son bras et éclatait au niveau de son crâne. Résultat, le bras amené au niveau de la plaie, elle n'était plus en état de sentir quoi que ce soit. Elle hésita, puis s'arrêta de bouger, laissant lentement tomber son bras. Ses yeux étaient suppliants. Les feuilles...

    Il devait trouver les feuilles d'un vert presque noir tirant légèrement sur le bleu, feuilles qu'elle avait trouvé au fond de la mer du pays de l'eau et fait sécher des années auparavent. C'était des feuilles devenues plus que pércieuses au fil du temps : véritables anesthésiants, la plupart des mondes n'y avaient plus accès depuis la fermeture des portes. Quelques grammes de poudre pouvaient se vendre plus cher que de la drogue si on trouvait les bons acheteurs. Kaï s'en était constitué tout un stock lors de son entrainement familial, et en possédait plein... Qu'elle ne se résignait pas à mettre aux enchères. Elle risquait d'en avoir besoin, de l'argent non. Mais il fallait faire attention en fouillant dans son sac : les feuilles étaient accompagnées de nombreuses compères. Des feuilles violacées d'un orme de feu, porteuses de mort à trop grande dose, des feuilles blanches d'un chêne de la terre, qui pouvaient endormir un éléphant à petite dose... Vendeuse de simple, Kaï gardait toujours sur elle de nombreuses feuilles pour se sortir du pétrin, et souvent les plus efficaces. Elle en était, à cette heure, rassurée... Quelque peu. Car rien ne garantissait encore sa survie...

    La peur. La peur emplissait Kaïlee. Elle n'avait oas survécu en faisant confiance à chaque personne croisant sa route, mais plus en s'en approchant comme s'ils étaient des cibles potentielles. Et dangereuses.

    Le sang séché s'écaillait entre ses doigts...

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MessageSujet: Re: On touche pas mon chat! [Kaïlee]   Ven 21 Jan 2011 - 22:15

Il la sentit se tendre sous sa poigne et desserra sa main. Son but n'était pas de l'effaroucher, loin de là, et si elle paniquait, elle risquait d'aggraver son état...le nez de la jeune femme coulait toujours, mais Sed n'osa pas tendre la main pour essayer de la débarbouiller, d'abord parce qu'il y avait des chances pour qu'il la fasse souffrir et ensuite car elle aurait pu se défendre...Elle frémissait et voulut se dégager, en tous cas, esquissa un geste qui y ressemblait, mais ne parvint pas à l'achever, à moins qu'elle ne renonçât. Sed, qui avait hésité à la lâcher, continua à la tenir de peur qu'elle ne s'effondre sur le sol déjà trempé de sang, mais avec douceur, espérant qu'elle allait reprendre ses esprits et que son état ne s'aggraverait pas; il se voyait bien mal jouer les chevaliers servants des heures durant! Le jeune homme l'entendit soudain murmurer -il avait toujours eu l'ouïe fine-, mais pas moyen de comprendre ce qu'elle soufflait, mots inaudibles ou presque...Elle semblait vraiment mal et Sed se prit à craindre qu'elle ne s'évanouisse, non pas qu'il ressentît la moindre sympathie, ou du moins, la moindre affection envers cette jeune femme qui ressemblait tant à Asaka, mais...il n'aurait pas eu l'air bien dégourdi avec une inconnu évanouie au milieu du couloir. Qu'aurait-il pu faire, à part aller chercher son grand frère, à supposer que ce dernier, comme il le faisait souvent, ne l'ignore pas? Pourquoi Howl était-il si distant? Leur discussion au bord de la Rivière de l'Oubli, discussion qui, il était vrai, avait été plutôt houleuse que paisible, avait au moins eu le mérite d'être franche et de vider l'abcès, mais une gêne persistait entre eux, une gêne que Sed était bien incapable de nommer, encore moins de décrire, et qui l'inquiétait réellement. Oui, il le savait, il aurait dû élever la voix, taper du poing sur la table, exiger de savoir et de comprendre, mais il n'en ferait rien et le sentait bien...c'était là un courage qu'il n'avait pas, celui d'affronter son frère, risquer de le perdre pour une explication. Howl...qu'est ce qu'il pensait de lui, son frère? Il semblait pourtant sincère, la dernière fois, dans les rues de Yomi...et lui, Sed, avait été si heureux de découvrir qu'il avait un grand frère, lui, qui se croyait seul, tout seul! Demi-frère à vrai dire, mais c'était secondaire au vu de leurs ressemblances physiques et morales. Il avait trouvé quelqu'un qui avait connu son salaud de père, quelqu'un à qui, il le sentait, il aurait pu parler de cette solitude qui le prenait à la gorge parfois, de ce sentiment d'abandon aussi, de cette envie de s'envoler...Howl l'aurait probablement compris, bien mieux que tous ces abrutis du Château Noir qui prétendaient le traîner à une quelconque taverne! Howl...Sed s'aperçut soudain qu'il n'avait pas vu son frère depuis un certain temps. Avait-il réussi à faire cette liste que lui demandait la Gardienne? On murmurait qu'Aileen était souffrante, cela avait-il un lien avec la soudaine discrétion de l'homme? Allait-il bien? ...D'ordinaire, ce sont les plus grands qui s'inquiètent pour les petits, mais Sed et Howl étaient adultes désormais et ce genre de relation, où l'un est le protecteur et presque le mentor de l'autre, comme il en est coutume entre tous les frères du monde, n'avait plus lieu. A vrai dire, ils étaient plutôt comme deux amis, deux bêtes sauvages qui se plaisent en compagnie l'une de l'autre mais conservent méfiance et instinct de protection, ne se connaissant pas encore assez...Sed espérait, sincèrement, qu'ils pourraient abattre cette barrière qui se dressait encore entre eux, que ce n'était pas trop tard...il avait été si heureux de se découvrir un frère, et manifestement, Howl de même. Alors, pourquoi cette froideur?
Ah, il ne savait pas vraiment comment il avait fait, mais il venait de revenir tout au début. Il tournait décidément en rond...comme un fauve en cage, tournait dans un enclos trop petit pour lui, tournait en rond dans sa relation avec Howl. Et puis, avec Asaka...
Sed n'avait pas oublié la jeune femme, jamais. Ils avaient été séparés à leur corps défendant, par le père de la demoiselle, et le jeune homme n'oublierait pas le coup de poing qu'il avait reçu à cette occasion et qui lui avait brisé la clavicule. Cela faisait trois ans déjà, trois ans...Au fond de lui, il regrettait avec sincérité que lui et la jolie jeune fille aient été séparés de la sorte: il l'avait réellement aimé, et l'aimait encore. Elle lui manquait, c'était bien vrai, mais jamais il ne s'était résolu à retraverser de nouveau la rue où elle habitait, et lorsqu'il se devait de le faire, il se méfiait, craignant de croiser dans la foule le visage de l'artisan qui, quelques années plus tôt, lui avait ravi sa fille, et l'amoureuse de Sed. Et craignant encore plus de la rencontrer, elle, elle certainement déjà mariée, peut-être même mère ou en voie de l'être. Qu'aurait-il pu faire dans ce cas là? La voir le saluer comme un ami, l'inviter chez elle peut-être, pire, lui présenter son époux? Rire avec elle, évoquer d'un air attendri des souvenirs de jeunesse, leur histoire, comme une passade à laquelle on n'accorde plus vraiment d'importance, discuter comme un ami, prendre l'air heureux pour elle, boire un verre, sympathiser avec le mari...Il n'avait jamais eu ce genre de courage là, et sentait bien qu'il en aurait été incapable. Le petit voleur de Yomi, le fils d'ivrogne et d'une servante et prostituée à ses heures perdues, était bien trop entiché de cette jolie fille d'artisan pour s'y résoudre...mais peut-être n'aimait-il plus en elle que des souvenirs, ce qu'ils avaient été l'un pour l'autre? On ne pouvait pas bâtir une relation à base de mémoire...chérissait-il réellement Asaka, son souvenir, ou celui de leur histoire commune? Il ne savait plus trop...trois ans qu'il ne l'avait pas vue. Mais pour résoudre le dilemme, il aurait fallu qu'il la rencontre et cela...impossible. Et voilà, lâche qu'il était, encore une fois!
Il fut presque reconnaissant à l'inconnue de l'interrompre dans ses moroses et inquiètes pensées à cet instant là, d'une voix faible mais cette fois-ci, audible, compréhensible. Talisman, devant la jeune femme, indifférente au sang qui tachait ses pattounes, ronronnait doucement en flairant le rouge épandu sur le carrelage, sa longue queue de Maine Coon dressée droite et ondoyante. Jolie petite chatte grise, vas...La jeune femme lui parlait de son sac, ce joli sac qui gisait près d'elle, et d'eau...jusqu'ici, il suivait. Et...des plantes? Plantes, feuilles, vertes à reflets bleus, des plantes à la couleur foncée...Sed acquiesça sans rien dire puis, songeant que, au vu de ses prunelles qui peinaient à se fixer, la jeune femme ne devait pas vraiment pouvoir décoder ces gestes qui sont la base de la communication humaine, répliqua doucement:

« D'accord. »

Il lâcha doucement l'inconnue et se dirigea vers ce sac, pas très distant au demeurant, puis l'ouvrit, étonné par son poids. L'ouvrit, avec une certaine gêne, une gêne certaine même, car il avait ainsi l'impression de violer l'intimité de l'inconnue. Un sac, pour les voyageurs, c'était toute leur vie, leurs possessions, un objet où trônait tout ce qui était important pour eux. Un objet où, mêlés, reposaient rêves, regrets, espoirs, et même leur identité, comme une chambre...Sed savait bien comme il se serait senti mis à nu, humilié ou juste furieux, si on s'était avisé de fouiller sa chambre et d'observer ce qu'il écrivait parfois, ce qu'il lisait, ce qu'il dessinait aussi...C'était toute son existence et son essence qui était contenue entre ces quatre murs! Et dans le cas de la femme, elle était contenue dans ce sac qu'il tenait et qu'il ouvrait avec circonspection. Ouuh, bazar...Non, tout était bien rangé, en réalité. Sed entreprit de chercher les feuilles, qui étaient sûrement réunies quelque part, tout en essayant au maximum de ne pas trop en voir...il n'aimait vraiment pas ça. C'était comme entrer quelque part sans y être invité, la sensation d'être indésirable, intrus, indélicat...Mais, malgré lui, ses yeux ne pouvaient s'empêcher de voir. Des tubes de gouache de plusieurs couleurs, des toiles, une broderie, jolie, représentant une sorte de soleil stylisé, un carnet auquel il ne toucha pas...Sed mit enfin la main sur la réserve de feuilles, apparemment toutes des simples. Lettré, le jeune homme avait lu certains livres où il était fait mention de ces plantes miraculeuses et il se souvenait bien avoir croqué, un jour, des simples, un jour où sa clavicule cassée lui faisait souffrir le martyre...Certains en faisaient même commerce et désormais, contrebande. Il était des simples si rares depuis que les contacts entre différentes villes se faisaient mal, que beaucoup pouvaient se faire un joli magot rien qu'en revendant ces simples plus prisés que de l'or, plus que de la drogue. Quel fatras de feuilles, blanches, violettes...Sed en reconnaissait certaines sans savoir les nommer ou citer leurs effets, de ses lectures, et son expérience personnelle lui faisait se remémorer qu'il avait, un jour, mâché une feuille de ce type là pour soulager la souffrance de multiples plaies et bosses après une bataille, ou bien une autre, comme ceci, pour échapper à ses cauchemars -il n'en était pas bien fier-...En tous cas, il mit enfin la main sur ces plantes vert sombre, bleutées, très belles au demeurant, et attrapa la gourde de la femme avant de reposer délicatement le sac, et de revenir vers elle. Elle semblait presque amorphe, aussi lui serra-t-il l'épaule pour attirer son attention et lui posa-t-il les feuilles dans les mains, ainsi que la gourde:

« Tu vas réussir à te débrouiller? »


A ce moment là, il pensait à ce qu'il venait de voir d'elle et réalisa soudainement ce que signifiait la conjonction de tous ces éléments. Seules quelques personnes possédaient tout cela...les pélerins de la Lumière, ceux qu'on nommait familièrement les « lumières », ces gens si étranges que certains craignaient ou détestaient. Qu'il ne connaissait pas et l'intriguaient.
Il attendit qu'elle le fasse, qu'elle aille mieux, sans mot dire, puis, lorsqu'elle se trouva être, au moins en apparence, un peu plus en état de parler, resta agenouillé face à elle. Il lui tendit son mouchoir, qu'elle n'avait pas pris tout à l'heure, et sourit, un peu mal à l'aise:

« Tu devrais essayer de te débarbouiller un peu, parce que là... »


Il s'interrompit avec un rire de gorge et reprit, quelques secondes plus tard, légèrement hésitant:

« Dis moi...j'ai pas trop regardé dans ton sac mais il fallait bien que je trouve les feuilles et...enfin bref, tu es...Lumière? »


Talisman s'était à nouveau rapprochée de la jeune femme et l'observait d'un air interrogateur, puis vint se frotter contre la femme. Sed soupira et attrapa la chatte pour l'empêcher d'embêter le monde. Talisman se débattit avec un miaulement courroucé et Sed lâcha prise: il se voyait mal contraindre son chat...Alors, Talisman revint flairer et saluer l'inconnue pleine de sang.

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MessageSujet: Re: On touche pas mon chat! [Kaïlee]   Sam 29 Jan 2011 - 1:48

    Kaï fut soulagée qu'il accepte de l'aider. Peut être... Elle ne voulait pas encore émettre de jugement personnel sur l'attitude du jeune homme vis à vis d'elle, et ne voulait surtout pas se mettre à bâtir tout un château d'espoir qui s'écroulerait peut être lorsqu'elle réussirait à ouvrir les yeux correctement et à comprendre ce qui se trouvait autour d'elle. Dans sa main, elle sentit les feuilles, craquantes et fraîches, ainsi que sa gourde en peau. Elle hésita, se saisit des deux, manquant de faire tomber l'outre qui contenait une bonne quantité d'eau. Elle la laissa toucher le sol, incapable même de porter encore ça. La frustration se lisait sûrement sur son visage. Ce qu'elle détestait cette position... Il lui était impossible de faire un geste. Elle tenta d'émietter la feuille, préalablement séchées pour pouvoir servir de pommade et pour en renforcer l'efficacité. Elle en avala un bout, fit passer avec une petite gorgée d'eau.

    La sensation de fraîcheur bienfaisante l'envahit, la remplissant tout entier, lui donnant le vertige. Elle vacilla sur place, ferma les yeux. C'était comme avaler une gorgée d'eau le soir en n'ayant rien bu de toute la journée. Salvateur. Indispensable. Elle ne sentit presque pas la feuille au goût amer lui glisser le long de la gorge. Elle en avala un autre bout. Un autre. Totalement concentrée sur sa tâche, elle ne faisait plus attention aux alentours. C'était comme... Comme un loup qui lèche ses blessures, arrache les pics qu'il a récolté en tentant d'avaler un porc-épic. La jeune femme laissa s'échapper les quelques miettes de poussières restantes de sa main, et glisser sur le sol comme autant de paillettes d'or. Elle rouvrit les yeux.


      « Tu devrais essayer de te débarbouiller un peu, parce que là... »


    Elle tentit de rire un coup, comme il se devait, mais ne sortit de sa gorge qu'un son rauque, sur lequel elle toussa, crachant quelques gouttes de sang. Elle voyait encore mal, tout se déclinant en une centaine de millier de points de couleurs, de points de lumière. Elle attrapa douloureusement un mouchoir de sa poche avec lequel elle essuya du mieux qu'elle le put le sang gouttant de son nez et celui de ses mains. Elle regarda le sol, mais ne voyant qu'un immense rond rouge, elle préféra oublier. Elle rangea les deux mouchoirs, l'un plein de sang, l'autre qui aurait pu servir de la même façon à un monstre hémophile. Donc, trempé. Mais, roulé en boule dans le second, il ne risquait pas de tâcher ses affaires, ce qui rendrait plus difficile encore la sortie de cet endroit maudit.


      « Dis moi...j'ai pas trop regardé dans ton sac mais il fallait bien que je trouve les feuilles et...enfin bref, tu es...Lumière? »


    Cette question ne la surprit pas, elle s'y attendait, mais entendre ça de cette façon, si crue... Comme pour la distraire, le magnifique chat vint se frotter contre elle. Kaïlee caressa le poil fin et doux du fier animal, en souriant. Le ton de la question l'avait étonné. Ce n'était pas du dégoût, pas de la haine, pas... C'était juste un ton simple, un peu hésitant. Comme si ça ne changeait pas grand chose, comme si c'était juste un constat. Pas comme si il avait devant lui maintenant une lépreuse adipeuse atteinte de schizophrénie. Kaïlee ne répondit pas tout de suite. Se pourrait il que cet homme la laisse partir, ainsi, comme si elle était identique à tous, comme si elle n'était pas un monstre de haine et de terreur, une haine viscérale ancrée dans les gênes de tous les habitants du monde des Ténèbres ? Se le pouvait il seulement ?

    Sa voix retentit, douce, fragile, mais en même temps assurée et franche, comme une personne timide qui sait qu'elle lance une parole juste et utile lors d'une discussion animée.

      "Il est des choses dont on ne parle pas ainsi, des choses qui se voient, qui se murmurent, qui se glissent sous les ombres ainsi que des petits mouchoirs dans les poches, mais qui ne se disent pas..."


    Un aveu. Rien de plus, rien de moins, rien qu'un aveu du fait qu'elle était d'ici sans en être. La jeune fille leva une main devant elle. Elle était toujours presque à genoux, dans le sang, avec cet homme et son chat. Mais que cela importait il ? Elle ouvrit sa main, comme si elle allait en sortir un présent. Elle mobilisa son pouvoir... La pièce s'assombrit considérablement, la lumière semblant se condenser dans sa main, tel une luciole faite d'ordre pur. La lumière semblait glisser, comme la flamme d'une bougie, comme le son d'une clochette. Alors que toute la scène était plongée dans un noir presque complet, le visage des protagonistes de cette scène, Kaïlee, Sed, et le chat, étaient illuminés par cette lumière divine.

    Kaïlee ferma le poing. La lumière s'évanouit. Si elle le voulait, Kaïlee pouvait condenser cette lumière, la faire devenir arme. Oui, elle était lumière, pacifique, gentille, mais aussi perdue, agressive lorsqu'il le fallait, et, surtout, elle voulait vivre. Vivre... La vision du chat, du soleil, lui inspirèrent un sentiment de paix intérieur. Sa voix était douce lorsqu'elle fit glisser ses doigts agiles dans la fourrure qu'elle imaginait plus qu'elle ne voyait.

      "Tu sais, j'ai un gros chat moi aussi... Un très gros chat. Il n'a pas encore de nom, en fait. Je ne sais pas comment tu t'appelle, mais moi à mon gros chat, je vais lui proposer de s'appeler Helios. Tu sais, Helios, comme le soleil..."


    Souvenir d'une once glissant sur le sol, à l'affut, prête à bondir, s'insinuant dans son esprit. La jeune fille fronça les sourcils, tenta de se relever en prenant appui sur le sol. Vacilla. La douleur qui lui martelait le crâne s'était rapidement atténuée, mais son crâne en avait pris un bon coup... Elle était debout, vacillante mais debout. Son regard se porta à ses pieds vers le chat qui se frottait contre elle. La jeune fille ne tira pas le diable par la queue : si elle se penchait en avant elle se cassait la gueule. Ses yeux bleus brillaient à la lumière faible du château. Kaïlee se les frotta avec ses paumes retrouvant ainsi une vision presque nette, toujours flou sur les bords et un peu pixelisée dirait on aujourd'hui mais ca allait. Elle put de nouveau contempler le jeune homme qui se tenait devant elle.

    Il était grand, les traits fins. Des cheveux noirs encadraient un visage où deux yeux d'un brun mordoré pétillaient de vie, assombris tout de même par la vie. On y lisait une intense tristesse qui ne les quittaient pas, comme chez tous les habitants des Ténèbres. Ou presque. Il avait l'air d'une personne qui d'habitude est grave et fermée mais qui est légèrement déroutée par un accroc dans son emploi du temps, un accroc dans sa vie. Kaï', en le voyant, lui donnerait plus l'allure d'un prédateur que d'une proie. Un gros chat peut être, qui accompagnerait bien le Main Coon qui visiblement l'adorait. Sentiment réciproque et extrêmement fort semblait il. La jeune fille arrêta là son inspection, détournant le regard. Elle devait avoir l'air curieuse, et ca n'était pas très fin de fixer ainsi les gens comme s'ils avaient un bouton sur le nez.

    Elle recula de quelques pas, s'appuya sur un pilier. Elle regardait le sol, irrémédiablement tâché de sang. Sa voix était douce, presque faible, lorsqu'elle répondit dans un souffle, un murmure qui glissait dans la pièce, s'insinuait autour des pierres comme autant de serpents bienveillants.

      "Merci... Merci. Bien que ce mot ne veuille pas dire grand chose ici, vous m'avez aidé et j'ai une dette envers vous. Je ne sais comment vous remercier, mais mon aide vous est acquise. Et je suis désolé d'avoir salopé le sol..."


    Joli et sympathique, mais un peu bizarre sur la fin. Kaïlee était une fille qui, sous ses airs d'anges, avait un mental de fer. Elle n'était jamais méchante lorsqu'il ne le fallait pas, ne donnait jamais dans la violence gratuite, mais c'était comme une étoile tombée du ciel, ayant roulé sur la terre des hommes et s'étant imprégnée de son essence maléfique. Elle se teinterait toujours d'une certaine rudesse. Comme un enfant traumatisé enlevant ses lunettes roses et bleues...

    Elle prit de nouveau la parole, s'exprimant comme le flot d'un fleuve, emportée par ses pensées qu'elle parvenait mal à structurer, emportée par un flot de sentiments et troublée par tout ce qui lui arrivait...

      "Kaïlee. Je m'appelle Kaïlee Wonder, et je loge au 222 bis Rue du Loup..."


    Pourquoi lui livrait elle cette information ? Elle n'en savait rien, c'était comme ça, c'est tout. En elle pointait tout de même le museau de la curiosité. Cet homme... Il ne lui avait pas tranché la gorge, il l'avait aidé... Il avait été Gentil. Cette marque de sympathie la troublait énormément, et, surtout, l'emplissait d'espoir. Peut être... Elle ne savait pas ce qu'il imaginait ainsi, bâtissant une ville de ses espoirs sans queue ni tête, elle savait juste que l'âme de cette personne n'était pas perdue. Et... C'était tellement... Incroyable. Merveilleux ? Wonderful, yeah.

    Bon, peut être allait il devenir un monstre de froideur et d'arrogance d'ici quelques minutes, mais kaïlee était une jeune fille qui ne pouvait pas s'empêcher de bâtir des châteaux en Espagne, s'évadant ainsi de son quotidien morne et noir.

    Miaulement.


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MessageSujet: Re: On touche pas mon chat! [Kaïlee]   Dim 6 Fév 2011 - 14:25

Sed, sans mot dire, immobile, la regarda avaler les feuilles petit bout par petit bout, comme si sa vie entière en dépendait, concentrée sur sa tâche, de telle sorte que plus rien ne semblait exister d'autre, que ces petits végétaux verts qu'elle mâchait et avalait avec de l'eau. Il était rare, au final, qu'il croise quelqu'un capable de ce genre d'auto-médication. La région de Yomi était probablement la plus en retard en ce qui concernait le développement humain et le bien être des populations, les médecins ne couraient pas les rues, bien loin de là et lorsqu'on avait quelque chose ou quelqu'un à soigner, c'étaient souvent des remèdes de grand-mère ou connus du bouche-à-oreille, des soins originaux voire fantaisistes, qui étaient appliqués. Avec quelquefois des résultats pour le moins étonnants! Mais la jeune femme savait manifestement bien ce qu'elle faisait; ces feuilles, que Sed connaissait de nom et de réputation, pouvaient se révéler dangereuses, prises en trop grandes quantités, et il fallait savoir à quoi on jouait pour les avaler en quantité juste suffisante pour stopper le saignement et atténuer la douleur, et ne pas obtenir l'effet inverse.
Il ne parla toujours pas quand elle accepta son mouchoir pour se débarbouiller et éponger le sang qui couvrait sa figure, tant bien que mal, tandis que Sed l'observait à la dérobée. Etrange fille, à bien y réfléchir, qui déboulait dans le Château Noir et n'avait pas l'attirail d'une servante du tout, se vautrait par terre sous le nez d'un inconnu, acceptait son aide et surtout, ne semblait ni surprise ni inquiétée de se voir dénichée dans un Château où des hommes étaient morts ou avaient eu des ennuis, pour être juste entrés sans autorisation. Qu'est ce qui lui donnait la certitude que la redoutée Louve, et imprévisible aux yeux de la plupart, n'irait pas lui causer quelque dommage, lui faire du mal, la blesser? La confiance...c'était une valeur bien peu présente à Yomi, Sed ne le savait que trop bien pour y avoir vécu quelques années et avoir appris à se tenir sur ses gardes, à ses propres dépens d'ailleurs. Combien de fois l'enfant pas encore adolescent, naïf, avait-il accordé sa confiance à plus vieux que lui et s'était-il vu floué, dépouillé du peu qu'il avait réussi à amasser, ou simplement trahi? Combien de fois un « copain » s'était avéré être un ennemi dès lors qu'il y trouvait plus d'intérêt, et combien de fois Sed s'était-il retrouvé comme un idiot, vendu aux gardes par un autre voleur prétendument complice, et qui trouvait sa subsistance dans la délation? Comment donc pouvait-on faire confiance à quiconque, ici? Allons les gens, on parle de Yomi, là...la ville repère de tous les miséreux et les péquenots, de tous les ivrognes, la ville aux rues sombres et aux murs graisseux, aux vieux bâtiments effilés couverts de crasse, aux ruelles encombrés de corps ou d'endormis. La ville où pullulaient voleurs et criminels, gibiers de potence ou juste gosses perdus, abandonnés, la ville où la mafia se faisait des...doigts en or, avec la drogue, certaines plantes vendues à un prix prohibitif ou juste du chantage, Yomi, ville sombre et tortueuse à l'image de ses ruelles. Quoi d'étonnant, dans cette ville aux mille visages, que des enfants déçus durcissent leur cœur, murent leur confiance derrière des briques de dureté et deviennent de vrais loups, méfiants, farouches, attaquant lorsqu'ils se sentaient acculés?
Sed en était là de ses réflexions lorsque la jeune fille -non, c'était une femme-, lui adressa de nouveau la parole, répondant à sa question concernant les Lumières. La tournure pour le moins étonnante de ses phrases lui valut d'un coup toute l'attention du jeune homme. Non pas qu'il ait du mal à comprendre, il n'était pas si bête, mais...c'était si inhabituel. Cette femme était quelqu'un d'instruit et probablement d'important...Alors comme ça, elle était Lumière! Sed ouvrit de grands yeux, un peu curieux mais, comprenant bien le sens de la réponse de l'inconnue et ne posant pas plus de question. Une Lumière! Il en avait entendu parler comme on parle des pestiférés ou des lépreux, avec mépris, parfois pitié, avec une pointe de crainte aussi...tout bas, sous les porches des maisons, en groupes compacts sur la place, à ces heures entre chiens et loups où les têtes se rapprochent, où les voix se font basses et les mines conspiratrices, où tout un chacun participe aux commérages en se convainquant qu'il est en train de relater un événement capital. Mais des Lumières en réalité, il ne savait...rien.
La lumière s'éteignit soudain et Sed leva les yeux avec surprise, l'air circonspect d'un félin qui ne sait pas ce qu'il lui arrive. La lumière! Pourtant, les vitres propres laissaient toujours voir un ciel lumineux quoique tristement gris, et le jardin en contrebas était bien éclairé, mais...la lumière semblait être absorbée sitôt pénétrant dans la pièce. Une autre clarté attira son oeil et il observa la femme, éberlué. C'était elle qui tenait la lumière, la contrôlait, fragile oisillon au sein de ses mains, la clarté opaline qui les éclairait tous trois.
Le jeune homme, cependant, n'insista pas, puisque la femme ne semblait pas vouloir aborder le sujet. Elle était désormais en train de caresser Talisman qui, cabotine et ravie, se cambrait sous le doux contact tandis que la femme lui expliquait d'une voix douce qu'elle avait un gros chat, un gros félin qu'elle souhaitait nommer Hélios. Talisman appuya le côté de sa tête contre la main de l'inconnue et ronronna de plus belle, enchantée qu'on lui parle et qu'on lui prête attention. Sed, souriant malgré lui de l'attitude de sa chatte, qui désormais se frottait contre la femme avec des airs de propriétaires, présenta l'animal:

« Elle s'appelle Talisman. »

Entendant son nom, la belle femelle avait levé ses yeux dorés vers son maître, non, son humain, qui lui adressa un gentil sourire et se baissa pour la caresser. Talisman, enchantée, revint vers lui avec un ronronnent murmuré, fit le dos rond pour être caressée encore puis, quand l'inconnue se releva, se dressa sur ses pattes arrières et appuya ses pattes avant sur les genoux de Sed. A grand renfort de miaulements, la bête à poils réclamait qu'on la prenne dans les bras, et c'est ce que fit Sed sans se poser trop de questions. Il attrapa l'animal et la laissa se lover contre lui, musser sa tête sous son menton en ronronnant, la caressant distraitement en écoutant parler cette femme qu'il venait de tirer d'affaire. Elle le remerciait, et il fut tenté de bêtement répondre « de rien », mais n'en fit rien; ces remerciements là semblaient plus, beaucoup plus, profonds. Le genre de remerciements qu'on ne balaie pas avec une simple formule de politesse. Y répondre aurait exigé tellement plus...qu'il lui explique que ce n'était pas son genre de laisser une femme agenouillée dans son propre sang, que la galanterie autant que la gentillesse, bien encombrante gentillesse dans un monde sauvage, l'avaient poussé à agir de la sorte...tant de choses. Impossibles à dire en trois mots...alors Sed se contenta de sourire et d'accepter les remerciements sans tenter de les minimiser d'une phrase bien tournée. Mais lorsqu'elle s'excusa d'avoir sali le sol, il baissa les yeux sur la flaque rouge qui coagulait lentement en virant au brun foie, puis redressa la tête et la rassura:

« Il n'y a pas de mal...après tout, un sol, ça se nettoie! »

Puis la laissa parler, encore. Elle lui révélait son identité. Ainsi, elle s'appelait Kaïlee...Sed mémorisa sans rien dire tout ce qu'il savait sur elle. Kaïlee Wonder, Lumière, vendeuse de plantes, ou du moins connaisseuse en matière de simples, propriétaire ou plutôt amie d'un gros félin, peut-être un fauve, habitant en ville à Yomi, dans une ruelle qu'il savait une des moins mal famées parmi les quartiers médians, ni pauvre ni bourgeois...Et elle ressemblait à Asaka, Sed se fit encore la réflexion. Ce n'était pas elle, sans aucun doute, mais elle avait des expressions et une forme de visage proche de la jeune femme qui avait partagé une relation si intime avec lui, quelques années auparavant. Qu'est ce qu'elle était devenue Asaka? Cette question, il ne pouvait s'empêcher de la poser. Qu'y avait-il de pire, que d'aimer quelqu'un d'inaccessible, quelqu'un d'introuvable?
Talisman se tortilla un peu dans les bras de Sed qui la caressa avant de décider de, lui aussi, décliner son identité.

« Et moi je suis Sed Meyan, et je vis au Château. »

Et voilà, les présentations étaient faites. Il ne lui avait bien sûr pas révélé son vrai nom. Son vrai nom...Seedle Fieldman. Seedle, le nom donné par sa mère, à ce qu'il avait compris, et Fieldman, ce patronyme légué par son père, ce salaud, cet ivrogne qui rentrait fin soûl tous les soirs et flanquait à la volée des torgnoles au gosse effrayé et à sa mère soumise. Oh, qu'il avait pu détester cet homme, tandis que, pleurant dans un coin de son lit, il entendait sa mère essayer de raisonner le soûlard et se prendre, elle aussi, des claques...étrange, à bien y penser. D'après Howl, son père, leur père ne l'avait jamais touché. Mais il ne s'était pas gêné pour frapper Sed...Enfin. Le jeune homme se refusa à songer plus longtemps à ce type dont le fantôme, des années après sa mort, le hantait toujours, ce type qui lui avait transmis ce physique certes avantageux, et ce regard, peut-être original et beau, mais si semblable au sien propre que Sed, croisant par hasard son reflet dans une glace, sursautait parfois, prisonnier des spectres du passé, de l'image de cet homme violent dont il retrouvait les yeux. Mais cela, il ne le dirait pas à Kaïlee, ni à personne d'autre. Face à Howl, et Howl seul, son grand frère, son frère, il acceptait de baisser sa garder, poser le bouclier l'espace de quelques minutes et laisser entrevoir les fissures que cet homme avait ouvertes en lui, fissures dans son passé, son caractère, ses réactions. Cette répugnance envers l'alcool, cette méfiance instinctive de quiconque levait la main sur lui ou faisait mine de le faire, ce dégoût face à un ivrogne, tous ces cauchemars, ce physique trop semblable à celui de son père, cette peur du fantôme qu'il était et de l'emprise qu'il avait sur lui, par le biais de ses souvenirs.
Jamais plus il ne voulait utiliser son véritable nom pour se présenter.

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MessageSujet: Re: On touche pas mon chat! [Kaïlee]   Ven 18 Fév 2011 - 22:40

    Kaï' sourit, le nom du chat lui allait comme un gant. Talisman... Oui, elle portait bien son nom. Ses yeux brillaient dans la lumière comme des joyaux d'un autre monde, son doux poil lisse appelant les caresse, son allure bienveillante... C'était un vrai chat de roi, comme on en croise rarement maintenant dans les rues. Un chat qui ne ressemblait en rien aux bâtards pelés qui courraient les rues, à moitié galeux.

    Kaïlee resta immobile quelques instants, cherchant dans ses souvenirs. Sed Meyan... Ce nom lui était inconnu. Il résidait donc au château... Elle hésita quelques instants à mettre le sujet du serviteur principal de la louve sur le tapis, puis abandonna. S'ils se connaissaient ou avaient un lien de parenté, elle n'avait aucune idée de la façon dont il prendrait ces quelques mots, elle préférait ne pas s'aventurer en chemin miné. Qui se tait ne dévoile pas sur lui ce qu'il apprend des autres. Mais elle sentit qu'elle devait relancer rapidement la conversation si elle ne voulait pas que la gêne qui s'était instaurée entre eux grandisse pour devenir mur infranchissable. Quelques minutes encore et rien ne pourrait plus briser la glace qui les entourait, à part peut être le miaulement de Talisman s'exerçant à ses vocalise et tentant vainement d'attirer l'attention des deux protagonistes.

    La jeune fille était gênée au possible. Que pouvait elle dire ? Elle venait de s'écraser sur le sol, crash test raté d'un prototype d'une approche, et maintenant... Maintenant... Sa voix retentit, glissant dans le silence pour y faire une infime brèche et fissurer la glace, la faire fondre peu à peu. Sed, par certains aspect, lui ressemblait, il semblait perdu dans un monde qui n'était pas le sien, mais s'en être accommodé d'une belle façon tout de même. Sans jamais s'y sentir à l'aise.

      "Tu... Tu veux aller boire un verre ? A moins que tu ne sois de service... Dans ce cas peut être remettrons nous cette entrevue à plus tard, je dois te déranger... Sinon, l'auberge du Loup Hurlant propose de bons dîners et il se fait tard, je t'invite si l'envie t'en dit.


    Ooh, notre petite Kaïlee ose enfin sortir le bout de son nez de sa petite carapace ! Il était vrai qu'elle n'était pas insensible au charme aristocratique de ce jeune homme fin aux yeux noisette. Mais ce n'était pas non plus dans son genre d'inviter ainsi les gens à manger. Peut être se sentait elle redevable ? Oui, elle se sentait redevable, c'était sûr, mais était-ce la seule raison ? Non, la vérité je pense, était que Kaïlee avait besoin de compagnie. Par d'un ivrogne ou d'un petit voleur de bas étage, non, de la bonne compagnie.

    En fait, il apparaissait qu'elle tentait désespérément de se faire un ami, chose qui lui avait manqué tout au long de ce séjour dans cette ville maudite. Pas forcément une personne à qui raconter sa vie, elle n'appréciait pas de raconter sa vie d'ailleurs, elle n'était pas géniale, mais quelqu'un avec qui être, tout simplement. Quelqu'un avec qui le silence ne serait pas pesant, quelqu'un avec qui quelques paroles soulagerait la douleur de la solitude.

    Un ami.

    Et ce personnage qui lui avait sauvé la vie, de son plein grès, qui visiblement était juste surpris par son appartenance aux lumières, ce jeune homme que la vie avait marqué comme elle avait marqué Kaïlee était sûrement la personne la mieux qualifiée pour le devenir. Peut être. On n'était jamais sur de rien, surtout dans cette ville là. Mais ce temps qui passait, inlassablement, emportant avec lui le rire des enfant, lui pesait, l'anéantissait plus encore que tout le reste. Cette ambiance noire, sans la comprendre, elle s'y était habitué. Ces meurtres, ces violences, tout cela elle connaissait, maintenant, c'était devenu monnaie courante dans sa vie. Mais la solitude... Jamais elle n'avait pu l'accepter totalement, jamais elle le comprenait maintenant elle n'avait pu l'aimer. Enfin si, l'aimer peut être. Mais... Cela faisait trop longtemps maintenant. Elle avait besoin... De repos. Au diable La Louve et ses idées de grandeur, au diable tout ces hommes qui ne cherchaient que le profit dans les yeux des autres ! Si elle pouvait, quelques instants, ne s'occuper plus que d'elle, s'endormir dans un coin allongée contre le corps chaud et poilu de sa compagne, dormir sans craindre de ne pas se réveiller...

    Discuter, sans avoir peur d'être entendue, rire peut être sans craindre les regards de possibles ennemis, boire un verre d'eau fraîche en regardant une colline d'herbe verte. Avec un Ami.

    Si seulement.

    Mais ce n'était qu'utopie de sa part, n'est-ce pas ? Ne lui était réservé qu'un monde noir. Noir. Noir... Ténèbres incessantes.

    Kaïlee n'avait jamais été trop à la recherche d'un idéal, vivre lui suffisait. Mais... Voir la vie en noir, broyer pendant des jours, des semaines, des années les mêmes sentiments de rancœur envers le monde... La peur, partout, se glissant dans chaque interstice, dans chaque espace si minuscule soit il, toutes ces idées malsaines qui suintaient autour d'elle, toutes ces personnes dont les seules pensées la dégoutaient... La jeune fille se mordilla les lèvres. Recula d'un pas. Heurta la base d'une arcade, de ces arcades dans un style gothique qui parsemaient le château, signe de richesse. Elle laisse ses doigts glisser le long de la colonnade, décryptant ainsi de nombreuses fissures faisant un puzzle en trois dimensions sur la pierre. Dessin du temps, des accidents, des gravures. Mais aussi une tête de loup de face, des yeux qu'elle devine d'améthyste, signe de la louve. Kaïlee retire sa main... Elle aurait juré que le loup l'avait mordu. Elle devait partir. Ce n'était pas sa place ici, ce n'était pas là où elle devait être, elle était chez l'ennemi. Elle était au dernier endroit où elle devrait se trouver. Elle attendit la réponse de son interlocuteur, décidée à partir juste après, quelle qu'elle soit, décidée à quitter cet endroit malsain.

    Néanmoins si seulement cette réponse pouvait être positive... Si seulement... Si...

    [Bon c'est pas grand désolé ><" C'est un peu la loose là T.T Je me rattraperai tout à l'heure quand y'aura un poil plus d'action \o Enfin j'imagine. Parce que là ça stagne un poil x')]


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MessageSujet: Re: On touche pas mon chat! [Kaïlee]   Sam 19 Fév 2011 - 18:46

[oui, c'est vrai^^ Désolée...mon Sed est pas un gros bavard en fait, il est un peu pénible à jouer des fois...bah, avec leur petite virée en ville il y a de quoi rajouter un peu d'action]

Chat de roi...mais lui n'était pas roi, oh, loin de là! Il était le fils d'une servante de taverne et prostituée, et d'un ivrogne dont la femme et le fils de huit ans, lassés d'être maltraités, s'étaient barrés...L'homme était mort quelques années ensuite, et Sed avait appris que c'était Howl qui avait tué leur père commun; lui, il avait vécu à Yomi et sa mère, à son tour, avait viré alcoolique, avant de mourir, d'un coup de poignard, pour une pièce, peut-être un butin ou juste une rancune. Un fils d'ivrognes et un petit voleur de Yomi, un de ceux qui détroussaient les honnêtes gens des Ténèbres -c'était à dire les malhonnêtes des autres villes- et qui réglaient leurs différents à coups de poignard. Un animal sauvage, un fauve en somme, prompt à montrer les crocs et persuadé qu'il lui fallait faire sa vie seul dans un monde qui lui était hostile. Seul, tout seul...quelquefois, il devait l'admettre, il regrettait cette solitude là. Quelquefois, tandis qu'il parlait à Talisman, ou griffonnait pensivement sur un coin de carnet, il se rappelait ces gosses qui, lorsqu'il était petit, ne voulaient pas jouer avec le « bâtard » qu'il était, et qui le chassaient. Il se rappelait et se demandait: s'il avait su comme il serait seul plus tard, n'aurait-il pas choisi, au lieu de se retirer, de jouer les caméléons pour s'intégrer à ce monde où ses valeurs étaient trop entières pour lui assurer le confort? Il ne savait pas...Depuis qu'il avait rencontré Howl, à vrai dire, il se sentait seul. Auparavant il était allé son chemin sans se poser de question, convaincu que tous les hommes du monde étaient une bande de crétins et qu'il était inutile de chercher à leur adresser la parole. Mais il avait rencontré Howl, comme un ami, un homme en la compagnie duquel il se sentait mieux que de coutume, moins ennuyé et moins méfiant, avant de s'apercevoir que cet homme était son frère. Et de regretter la complicité qu'ils partageaient trop rarement à son goût et qui lui manquait, maintenant qu'elle s'établissait lentement.

Un ami...un simple ami, quelqu'un avec qui aligner les bêtises, ou se confier. Quelqu'un à qui faire confiance sans craindre que le poignard ne le frappe dans le dos, quelqu'un à qui parler. Une personne, pas un confident, peut-être pas, mais une personne dont on savait qu'elle pouvait se faire confidente, une personne qui l'appréciât enfin pour ce qu'il était au lieu de le considérer comme hautain, méprisant et pénible, lui qui n'aimait pas les beuveries qu'affectionnaient la plupart des rustauds de Yomi, et encore moins les nuits de débauche qui semblaient à ces mêmes hommes le comble de la virilité. Une personne qui respectât sa nature silencieuse et acceptât son humour grinçant, quelqu'un avec qui il aurait pu rêver à voix haute ou en silence, devant le coucher de soleil sur la Rivière de l'Oubli ou la forêt proche, quelqu'un aux côtés duquel il aurait pu se tenir sans rien dire, sachant que l'émotion de l'autre était proche de la sienne. Un ami, un lien, une connaissance, quelqu'un! Quelqu'un d'autre que tous ces abrutis ivrognes, que ces jeunes chacals ambitieux prompt à planter leurs crocs dans le dos des autres, que ces personnes hautaines et imbues d'elles-mêmes qu'étaient ces odieux nobles...quelqu'un, tout simplement, qui puisse lui offrir de l'amitié et à qui il puisse offrir la même chose.

Le silence venait de s'installer mais déjà, il pesait sur ses épaules telle une chape de plomb, et Seedle cherchait un moyen de relancer la conversation avec diligence. Allons...une question, une remarque? Mais ils étaient deux inconnus bien qu'il ait aidé la jeune fille et à Yomi, on ne parlait pas de soi à un inconnu...bonjour, au revoir, merci, c'était là que s'interrompaient toutes les relations humaines dans la sulfureuse ville des Ténèbres. Oh, qu'il l'étouffait cet environnement lugubre! Il aurait tant aimé voyager, s'évader, connaître autre chose que ces rues sordides peuplées de corps et d'ivrognes, de cadavres d'enfants voleurs et de taches de sang, autre chose que les cris des buveurs et les sifflements des jeunes voleurs, les imprécations de la garde et les plaisanteries grasses et vulgaires des autres serviteurs. S'il n'y avait pas eu son frère...il aurait fui. Loin, sans se soucier du reste. Mais il y avait Howl, et il y avait eu Asaka autrefois, et Talisman. Comment les laisser? Les seules accroches de son existence.
Le jeune leva les yeux et ouvrit la bouche pour parler une fraction de seconde après que la dénommée Kaïlee ait repris la parole. Poli, il se tut et la laissa achever en l'écoutant sans montrer d'impatience; après tout, ce qu'il avait l'intention de dire pouvait attendre deux minutes et de plus il ne s'agissait là que d'une simple phrase visant à alléger le lourd silence, épais comme de l'eau farineuse. Sed écouta donc Kaïlee. Et écarquilla les yeux. Elle...l'invitait? Lui? Boire un verre...Sed se raidit d'instinct. Avoir vu son père, non, son géniteur, rentrer fin soûl chaque soir, flanquer des torgnoles à sa mère et le frapper lui, avoir appris qu'il avait peuplé des mêmes fantômes l'enfance de son frère Howl, l'avaient vacciné à jamais contre l'alcool. Il était bien rare qu'il accepte d'avaler autre chose qu'une bière, et, indifférent aux sourires railleurs des buveurs pour qui le degré d'alcool d'une boisson était une marque de virilité, il mettait très peu souvent les pieds dans une taverne...Oui mais, elle continua et acheva. Elle ne lui proposait pas un verre, mais un dîner...A supposer qu'il ne soit pas en service. Il ne l'était pas, il avait juste refusé d'aller s'enfermer dans une de ces sordides tavernes avec les autres. Ce n'était d'ailleurs pas d'un de ces lieux de débauche, enfumés et puant l'alcool, qu'elle parlait là, mais de l'auberge du Loup Hurlant qui, il le savait, était bien mieux fréquentée malgré la présence, parfois, de petits voleurs. Lui même, lorsque d'aventure il avait eu assez d'argent pour cela, avait toujours préféré aller se restaurer là-bas, tranquille, qu'acheter un ragoût indéterminé dans une autre taverne moins cotée et moins chère, mais bourrée de toute la mauvaise engeance de Yomi.

Sa première réaction fut évidemment un refus, mais il ne dit rien, réfléchissant. Refuse, lui disait son esprit accoutumé à des années de solitude et de méfiance. Refuse, lui disait sa prudence, habituée aux traquenards et aux coups dans le dos. Refuse, enfin, se disait-il à lui même, craignant d'accepter l'invitation d'une parfaite inconnue et de s'engager dans un piège dont il n'aurait plus pu ensuite se dégager. Oui, mais...elle lui inspirait confiance et bien que cette attitude soit presque suicidaire à Yomi, il ne se sentait pas méfiant face à cette femme, cette Lumière. Elle semblait franche, sincère, en d'autres termes une personne fréquentable, et puis, elle n'avait pas l'allure d'une voleuse de grand chemin, encore moins d'une de ces courtisanes peinturlurées comme des clowns. Et puis elle ressemblait à Asaka. Remarque idiote et sans grand sens, mais ce fut ce qui emporta l'adhésion du jeune homme; cette femme ressemblait, comme la fille qu'il avait autrefois aimé, à quelqu'un de seul et presque de traqué. Lui ferait-il l'affront de refuser l'invitation? Assurément non, car passer une soirée avec quelqu'un pourvu de bonnes manières, une personne de bonne compagnie, était suffisamment rare à Yomi pour qu'il acceptât.
Elle semblait gênée et, après le temps de surprise dû à sa proposition inattendue, il lui adressa un sourire pour la réconforter quelque peu:

« Je ne suis pas en service, ne t'inquiète pas pour ça. Je n'erre dans les couloirs que parce que je n'avais pas envie de passer la soirée avec la bande de...crétins, c'est le seul mot qui convienne je crois, qui sont également serviteurs. (il marqua une petite pause car Talisman réclamait son attention. Attrapant la bête dans ses bras il reprit:) J'accepte ton invitation avec plaisir, merci...par contre il faut que j'aille déposer cette boule de poils (il souleva légèrement Talisman) dans ma chambre, si je l'emmène en ville elle va s'attirer des ennuis et les chats ne sont pas vraiment aimés ici... »

Il adressa un petit sourire à Kaïlee et acheva en lui faisant signe de la suivre si l'envie lui en disait:

« J'en ai pour deux minutes. »


A grands pas souples, comme le prédateur qu'il était, Sed se dirigea à travers des couloirs qu'il connaissait presque par coeur, à force de poursuivre sa fugueuse féline, jusqu'à une porte, une simple porte de bois, celle d'une chambre de serviteur, semblables à celle de toutes les autres chambres où la Louve logeait ceux qui n'avaient pas envie, pas les moyens ou pas besoin d'un logement en ville. Certains auraient protesté mais Sed se trouvait bien ici et il n'avait pas l'intention de gâcher de l'argent dans un quelconque appartement qui serait, de toute façon, plus sordide que cette pièce propre et agréable. Talisman sur l'épaule, soutenue d'une main, il tourna la clé dans la serrure -il n'avait pas confiance en les autres serviteurs- d'un geste assuré, et poussa la porte. D'ordinaire il l'aurait refermée derrière lui, là il laissa le battant ouvert tandis qu'il avançait dans la pièce d'une taille moyenne pour poser son chat, ne voyant pas de nécessité à faire preuve de méfiance. La pièce était claire et aérée -il y veillait-, illuminée par la pâle lumière de Yomi. Au fond, un lit trônait, sur lequel Talisman bondit en ronronnant dès que Sed l'eut laissée tomber. Quelques livres gisaient abandonnés sur le sol à côté du lit, quelques carnets et une plume, car Sed était l'un des rares gens du commun lettrés de Yomi. Il y avait aussi des croquis, dessins griffonnés du bout d'un crayon, entassés sur une petite table, et une cheminée. Dans ce lieu, Sed avait réussi à faire tenir tout son univers...
Avec la sûreté née d'une longue habitude, après avoir laissé quelques croquettes, du lait et de l'eau à son chat, il referma la porte derrière lui rapidement afin que Talisman ne s'aventurât pas hors de la pièce. Un miaulement courroucé lui parvint de l'autre côté tandis qu'il tournait la clé et il sourit pour lui-même, puis se tourna vers Kaïlee:

« Bien. Maintenant je te suis... »


Oh, il savait bien où était cette fameuse taverne, plutôt connue, et c'est d'un pas sûr qu'il se mit en marche à ses côtés. Lorsqu'ils sortirent du Château, l'air frais de la soirée, agréablement piquant, vint le provoquer et il sourit légèrement en inspirant. Le vent agita un peu sa chevelure plus ou moins disciplinée et les pans de sa veste -pas besoin de manteau, le printemps arrivait- tandis que ses gestes se faisaient plus vifs, plus proches de la panthère qu'il était au fond de lui. Il avait une démarche féline et plutôt assurée, décontractée mais avec cette vigilance qui prouvait à un observateur attentif que rien ne lui échappait; d'ailleurs un gamin, à la sortie du parc du Château, tenta de l'aborder pour lui voler sa bourse et Sed, souriant d'un air presque innocent, lui bloqua le poignet d'une main vive, puis l'abandonna sans brutalité après avoir jeté au jeune garçon un regard lui enjoignant de ne pas recommencer.
Il coula un regard vers Kaïlee. L'expérience lui avait enseigné qu'on en apprend beaucoup sur un être en le voyant évoluer en pleine ville, dans un environnement par définition assez hostile et plein de stimuli.

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MessageSujet: Re: On touche pas mon chat! [Kaïlee]   Lun 28 Fév 2011 - 17:23

    [Arf c'pas grave ^.^ On est comme on est ]




    Kaïlee vit clairement l'hésitation sur le visage de Sed. Ce dernier ne savait que répondre. Devait il... Lui faire confiance ? Kaïlee se demanda ce qu'elle aurait répondu à sa place ? Mmh... Le fait qu'elle lui ait proposé cela indiquait clairement que, oui, elle aurait pris le risque. Sûrement. Toute cette haine commençait à la rendre aigrie, et lorsqu'elle voyait passer les passants, tout ce qu'il lui venait à l'esprit était une simple petite peur pour sa bourse. Peut être, parfois, un peu de pitié. Pour ce monde noir, si noir... Pourquoi donc tous ne souhaitaient que faire fructifier leurs affaires pour gagner gloire et argent ? Vivre ne suffisait donc pas aux gens de cet endroit... L'empathie de Kaïlee la perdrait, tout ces sentiments mêlés qui se perdaient autour d'elle et l'oppressaient sans fin, et auxquels elle ne pouvait pas opposer de barrière tangible... Si seulement elle pouvait, d'un geste, créer un mur de lumière comme elle créait des lames de lumière... S'isoler dans son monde, sans personne pour fracasser tout ce à quoi elle était attachée.

    Acquiescement de la part de la personne à laquelle elle parle. Et un sourire.

    Il avait accepté sa proposition... La première chose qui l'emporta en Kaïlee fut l'étonnement. C'est vrai, elle avait proposé cela de façon tout à fait sérieuse, mais elle n'était tout de même pas confiante en le pourcentage de chance qui le ferait accepter. C'était vrai : elle aurait pu faire ça uniquement pour l'entrainer au fond d'une ruelle et tenter de l'égorger à cause du fait qu'il connaisse sa vraie nature, ou peut être pouvait elle avoir d'autres desseins plus malsains encore... Bien sur, ce n'était pas vrai. Mais ça aurait pu. Mais elle fut plutôt ravie qu'il accepte. Partager un bon repas dans une taverne sans se soucier de personnes présentes dans son dos, sans sentir les regards fixés sur son échine, sans sentir dans chaque mouvement une menace, quel que soit l'endroit où on se trouve. Et il avait souri. C'était fou ce qu'un sourire changeait chez une personne... Sa physionomie, tout d'abord, mais ce n'était pas tout. Tout semblait alors, chez la personne souriante, plus doux, plus vrai. Plus. C'était comme voir un ami au bout d'une rue qui vous fait de grands signes, sans aucune considération pour ceux qui le regardent d'un drôle d'air comme un dégénéré mental. Comme entendre le rire d'un ami qui glisse tout autour de soi en réponse à une bonne farce, comme manger un bout avec quelqu'un qu'on a pas revu depuis plusieurs mois, plusieurs années.

    Ah oui, le chat... En effet, les chats n'étaient pas beaucoup appréciés dans ce château, comme tous les animaux en général. Étonnant lorsqu'on pense que la plupart se métamorphosent en la part animale qu'il y a en chacun de nous. Mais des rivalités naissent : certains, jaloux du totem de leurs voisins, le discréditent, d'autres méprisent un proche pour son être. Curieuse, Kaïlee le suivit à travers les couloirs, grimaçant à chaque intersection devant les personnes qu'ils croisaient. Généralement, c'étaient des serviteurs, habillés de noir de façon semblable à Sed. Leurs mines étaient fermées, et ils jetaient un regard mauvais aux alentours. Ils arrivèrent enfin devant une porte brune, semblable à toute autre, mais qui était visiblement l'entrée de la chambre du jeune homme. Curieuse -oui, c'est un vilain défaut j'en convient- Kaïlee se pencha légèrement sur le battant de la porte, pour détailler rapidement une pièce claire et bien aérée. C'était de ces pièces où il est agréable de vivre, simple mais personnalisée avec goût. Sur un secrétaire brillait sous la faible lumière dispensée par la lune une plume de bonne qualité ainsi que quelques crayons, du papier, et quelques esquisses. Il savait écrire... C'était un savoir rare à Yomi, les gens préféraient taper qu'écrire des poèmes. Elle se demanda où il avait appris... Tout en étant contente pour lui. Écrire était une délivrance, c'était quelque chose qui permettait de surmonter les plus grandes peines, les plus grands malheurs. Et qui permettait d'en sortir grandi, plus fort encore.

    Toute à ses pensées sur l'écriture, elle s'écarta machinalement lorsqu'il sortit de la pièce, fermant la porte au nez du chat qui miaula, peu d'accord avec cette action qui le plaçait sur la touche. Elle regarda autour d'elle, hésita quelques instants. 'Je te suis'. Arf, ben c'est pas qu'elle était pas d'accord, mais elle le château, elle n'y passait pas sa vie, elle ne le connaissait pas... Pas du tout ! Mais elle observa pendant quelques instants autour d'elle, cherchant des yeux une statue, une colonne... Elle trouva. Sur sa gauche, une sorte de petite gargouille grimaçante. D'un pas assuré, elle prit tout droit, avant de tourner à gauche quelques instants plus loin, Sed juste à ses côtés, parfaitement à l'aise dans cet endroit à refiler des cauchemars à un troll. Après quelques instants de marche, les portes noires de l'entrée de la ville se profilèrent devant eux. Ils les passèrent, ignorant les deux gardes qui ne leurs jetèrent même pas un regard. Ce n'était que des serviteurs se rendant à une taverne quelconque pour y boire un coup, voir se saouler la gueule. S'ils savaient ce qu'ils laissaient ainsi sortir du château... A cette idée, Kaïlee eut un toute petit rire un peu amer. Tout cela, toute cette protection, pour des sales lumières dans son genre qui pourtant passaient outre.

    Sortant dehors, Kaïlee jeta un regard aux alentours. Rien. que des badauds qui marchaient de leurs pas vifs ou bovins selon leur condition, sans jeter un regard derrière eux, des personnes qui rentraient chez eux ou, plus probablement à cette heure, se rendaient sur leur lieu de travail. Oui, bien sur, il fait presque nuit. Mais ce n'est pas la nuit qu'est active le plus grand repère de truand du monde ? La lune, au plus bas de son chemin, éclairait faiblement les alentours, parant tout d'argent et faisant ressortir toute trace d'acier ou de bois clair. Bien difficile de garder caché une lame sur soi ainsi, encore plus d'attaquer quelqu'un avec. Kaï' jeta un coup d'œil à celui qui marchait près d'elle. Sa démarche toute féline, son œil furtif cherchant la moindre anomalie dans le paysage, ses gestes surs. Ca faisait longtemps qu'il était là. Très longtemps. La jeune fille, de son côté, ne se rendait pas compte qu'elle adoptait exactement la même démarche, ses pas de velours la conduisant sans problème vers la boutique du loup Hurlant. Mais il fallait d'abord... Au sortir du parc, un gamin s'était approché d'eux, tranquillement, avec l'air de ceux qui sont là où ils doivent être, de ceux qui n'éveillent pas de soupçon. Chez les pigeons. D'un mouvement vif et entrainé, le tire-laine tenta de glisser son poignet dans la bourse de Sed. Ce dernier, d'un geste presque désintéressé et tout aussi vif et entrainé, lui retint fermement le poignet avec un regard froid de prédateur. Panthère dans son élément.

    Derrière un bosquet, invisible sous l'oeil de lune, deux yeux bleus les observaient.

    Kaïlee lâcha le gamin qui s'enfuyait du regard, reportant ses yeux sur l'endroit où ils devaient aller. Malheureusement pour eux, ils devaient traverser quelques ruelles, disons, craignos, avant d'arriver si possible sains et saufs dans la taverne. La jeune fille grimaça et s'avança avec la démarche d'un félin en chasse, ses pieds semblant à peine toucher le sol, sans même un bruit, ses mains économisant le mouvement, prêtes à aller saisir les deux cimeterres qui pendaient toujours à sa ceinture... Mais prêtes aussi, en toute éventualité, à saisir ses armes intangibles, ses longues et fines armes de lumières, qui pouvaient occasionner des dégâts plus que considérables, mais qui malheureusement attiraient beaucoup l'attention lorsqu'il s'agissait de les faire surgir. Elle promena un doigt sur la garde ouvragée en forme de loup hurlant de ses armes. Ce symbole était, il est vrai, celui de la louve, mais elle l'aimait beaucoup. Elle même était un loup autant qu'un chat, paradoxe étonnant. Blanche, noire ? Qui était elle ? Sans problème elle égorgeait celui qui se dressait devant elle, mais toujours ses gestes étaient réfléchis, mesurés. Des innocents elle ne tuait point. Seuls les monstres encouraient sa colère. Et ils étaient nombreux, malheureusement. Justement... Au détour d'une rue, un personnage à la mine antipathique s'avança. Ses yeux rougis par l'alcool ne laissaient aucun doute : il était bien imbibé et prêt à faire une grosse bêtise. Kaï' s'arrêta. Le douteux personnage s'avançait vers elle d'un pas chancelant. Elle leva légèrement son poing, prête à frapper d'un uppercut au foie, sûrement très touché par la boisson, lorsqu'un mouvement à la périphérie de son champ de vision la fit s'arrêter. Blanc, noir, quelque chose. Cette chose, elle la connaissait, et bien même. C'était un félin... Déconcentrée, elle ne fit pas attention au soudards qui, d'un bond, tenta de l'accrocher. Par un réflexe inhumain, Kaïlee recula d'un pas, lorsque plusieurs dizaines de kilos de fourrure l'étouffèrent. Sous le choc, sa frêle carrure de jeune fille se transforma en loup au moins aussi gros que l'once qui venait, de façon tout à fait involontaire, de déclencher la transformation. Le loup, de grandes ailes partant de ses omoplates et entourant la panthère des neiges comme une couverture, jappa. Ce son sembla amuser l'once qui gronda et lécha le museau brun et blanc aux fins tatouages bleus sous des yeux azur.

    Kaïlee finit par gronder en poussant de ses pattes le corps massif de sa congénaire. Elle chercha autour d'elle... De façon tout à fait incompréhensible (rires), le pochard avait disparu dès qu'il avait pu se relever. L'once se tourna alors vers Sed. Elle lui arrivait un peu plus haut que la taille, et elle se mit à produire un bruit de gorge pour lui souhaiter la bienvenue. En lui, il y avait quelque chose qui lui ressemblait. Quelque chose de félin, de sauvage. L'once était beaucoup plus agressive que sa moitié d'âme humaine, et c'était souvent elle qui la sortait du pétrin quand elle ne voulait pas user de violence (ça arrivait parfois lorsqu'elle était déprimée... C'est dommage, c'est un peu contraire à l'instinct de survie.). Le loup se secoua, repliant sur son dos des ailes d'une envergure immense, de plusieurs fois sa taille. Quelques plumes tombèrent sur le sol. Leur taille était impressionnante aussi. L'animal jappa de nouveau, puis sembla légèrement énervé. Eh oui Kaïlee, les loups, ailés ou non, ne parlent pas ! Chatoiement dans l'air. Dans un éclair de plumes, là où se tenait auparavant un magnifique et imposant loup tout de brun et de blanc, se tenait maintenant une jeune fille accroupie. Cette dernière se releva, épousseta d'un geste significatif son habit froissé et plaça une mèche rebelle derrière ses oreilles. Avant de reporter son attention sur ses deux compagnons.

    L'once, heureuse d'avoir un peu de compagnie féline, même si celle ci était surtout de forme humaine, était en train de tourner autour de Sed en grognant à qui mieux mieux et en se frottant contre lui. Kaïlee ne pût se retenir d'éclater de rire devant cette énorme panthère aux crocs d'ivoire se comporter comme une vulgaire peluche de salon. Lorsque son rire, cristallin, s'évanouit, elle prit la parole.

      "Elle t'aime beaucoup. D'habitude, elle est plutôt distante. Tu es un félin, n'est-ce pas, toi aussi ?"


    Pas un mot sur sa transformation. On est ce que l'on est, le reste importe peu. Pourquoi s'étendre ?

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MessageSujet: Re: On touche pas mon chat! [Kaïlee]   Mar 1 Mar 2011 - 20:56

Pourquoi toujours cette méfiance ? D’aventure, Sed se posait la question. Pourquoi fallait-il toujours qu’il se mette à l’écart de la sorte, montre les crocs, comme le fauve qu’il était, au premier être qui tendait la main vers lui ? Etais-ce là le destin de tout être de la contrée des Ténèbres ? Cette attitude, rendue nécessaire par la vie rude et presque sauvage du plus attardé des territoires, désolait le jeune homme qui désespérait de pouvoir jamais partager un repas, une discussion, une rencontre agréable avec un inconnu sans s’interroger sur les motivations de sa nouvelle connaissance, ou bien sans craindre qu’une lame s’enfonce dans son dos. Terrible univers où il vivait, sombre, glauque et violent. Les autres semblaient s’en accommoder, formaient des bandes et vivaient en groupes, en gangs, menés par un chef redouté mais dont chacun désirait la place, comme des animaux. Pire que des animaux…les bêtes connaissaient parfois un véritable attachement, une réelle amitié ; les hommes étaient manipulateurs, hypocrites, trompeurs…où donc était la civilisation dans tout cela ? Et pourquoi fallait-il qu’il ait grandi dans ces lieux terribles, qu’il y soit devenu si méfiant que c’était désormais une composante entière de sa personne ? Parfois Sed se maudissait d’être tellement sur ses gardes, mais…il ne pouvait se résoudre à faire confiance au premier regard à qui que ce soit ; il y avait bien trop de manipulateurs ici. Mais qu’il détestait ce monde, et combien il aurait aimé grandir ailleurs…enfant il n’avait pas eu la possibilité de s’enfuir et désormais adulte, sa vie et ses rares attachements étaient ici. Howl, Talisman, la Louve…comment aurait-il pu les abandonner ? Son chat, sa confidente et amie, cette femme qu’il admirait, et son frère, son frère à peine retrouvé, dont il avait été séparé les vingt premières années de sa vie…oui, il était heureux de les connaître et ils apportaient un peu de clarté dans l’obscurité glauque de la vie des Ténèbres, mais…il rêvait d’évasion. De pouvoir s’enfuir et laisser derrière lui ce monde où chacun se préoccupait de son propre profit et écrasait les autres sans se poser de question, cette jungle où souffraient, paradoxalement, les plus amicaux, les plus doux, où prospéraient ceux qui étaient plus proches de la bestialité que de l’humanité…

Tournant la tête, il remarqua vite le moment de désarroi de Kaïlee lorsqu’il lui annonça qu’il la suivait. Mais oui, était-il bête, la jeune femme n’était manifestement pas originaire du Château, comment aurait-elle pu se retrouver dans les enfilades de couloirs et de pièces ? Sed faillit proposer son aide à cette jeune femme qu’il ne connaissait que depuis quelques minutes, mais Kaïlee n’attendit pas la moindre assistance et se retrouva toute seule dans le labyrinthe du Château ; Sed franchit les portes de la ville aux côtés de la Lumière en étouffant un sourire amusé dans le col de son manteau, qu’il avait attrapé au passage ; ces gardes, si fiers…venaient tout simplement de laisser passer sous leur nez innocent –enfin, heu- une Lumière. Pas de bol les gars…en attendant, l’odeur de la ville le prit à la gorge, ce mélange subtil, ou plutôt étouffant, de graillon, d’alcool, de poussière, d’humidité et d’autres fluides moins nobles. Cette odeur éveillait en lui tant de souvenirs ! Enfant, jouant dans les rues, adolescent, volant pour vivre, ramenant à la maison l’argent et la nourriture suffisants pour se sustenter et entretenir sa mère, sa mère toujours une bouteille à la main, hagarde et le reconnaissant à peine ; adolescent, combattant Dylan qui avait été son ami avant de devenir son ennemi, adolescent, volant, ou plutôt chassant dans les rues ; serrant Asaka contre lui ; jouant du poignard et des crocs…souvenirs, souvenirs. Sed se reprit et reprit sa progression vive. Souple, jeune et alerte, il avait cette expression étrange, faussement nonchalante mais attentive à tout un chacun, qui indiquait à n’importe quel petit voleur que l’homme qui traversait les rues était une personne qu’il ne fallait pas provoquer. Un ancien voleur, mais cela les autres ne pouvaient le deviner…quand l’enfant tenta de le voler, il laissa ses yeux courir à sa suite sans mot dire, se rappelant les jours où lui aussi devait courir, courir et voler pour vivre, l’adrénaline lui nouant la gorge, révulsé de la sordide tâche à laquelle il s’abaissait parfois, furieux de voir d’autres humains voler là où il se trouvait. Cet enfant n’avait probablement pas d’autre choix que celui-là…pauvre gosse, contraint à voler pour vivre. Sed se secoua et progressa aux côtés de Kaïlee, qu’il regarda sans mot dire ; la jeune femme évoluait dans cet univers hostile avec toute la grâce d’un animal, un prédateur, peut-être également un félin ? Ses mouvements étaient contrôlés, maîtrisés, ardents sans en devenir trop vifs ; Sed cessa de la dévisager lorsqu’elle lui rendit la pareille et croisa son regard. Avec un obscur instinct issu de son sang de fauve, il avait toujours le réflexe, lorsqu’il se sentait observé, de ne pas fixer son observateur. Etrange…en tous cas, Kaïlee avait décidément des airs de prédateurs. Et le confirma lorsqu’ils traversèrent des ruelles sombres et tortueuses, superbes coupe-gorges pour un voleur entraîné ou juste un petit voyou quelconque souhaitant s’amuser un peu. C’était là la pire espèce de malfaiteurs selon Sed. Lui-même ayant été voleur et même, parfois, assassin, il éprouvait envers ces gens contraints à se débattre tant bien que mal dans l’ambiance fangeuse de Yomi une sorte de pitié, du moins de compréhension. Il s’était échappé des bas quartiers, d’autres n’avaient pas cette chance, il ne le savait que trop bien, et se montrait de ce fait compréhensif. Oh, rien ne justifiait un meurtre, mais…c’étaient là, parfois, des gestes de désespérés. Après tout, dans une ville où la justice n’était pas respectée, où régnait la loi du plus fort, comment survivre en demeurant dans les règles, quand on n’était pas avantagé par la naissance ? Oh, il pouvait comprendre et pardonner les larcins ou les attaques de ces êtres qui voulaient juste vivre…mais, cette autre engeance, ces voyous décidant de s’amuser un peu, il les aurait volontiers tués…et que dire des ivrognes ? Depuis tout petit, il éprouvait un véritable dégoût envers eux…

C’était d’ailleurs un ivrogne qui s’avançait vers eux, de son pas mal assuré d’éponge imbibée d’alcool. Qui s’approchait, plus précisément de Kaïlee, et Sed frémit en se mettant en garde ; il ne connaissait que trop bien la violence de ces hommes ont l’alcool débridait jusqu’aux pulsions les plus primaires, et craignait pour cette jeune femme, bien qu’elle semblât apte à se défendre. En attendant, Kaïlee ne lui laissa pas le temps de tergiverser et leva le poing tandis que Sed, mû par un obscur instinct animal, voltait sur place une fraction de seconde avant la jeune fille :

« Kaïlee, il y a… »

Pas le temps d’en rajouter ; un éclair de fourrure blanche et noire fila droit sur la jeune femme, et Sed siffla entre ses dents en reconnaissant une créature du Nord, qu’il n’avait jamais vu que sous forme de dessins dans des livres. Une grande once, panthère des neiges aux yeux de saphirs, qui s’était ruée sur Kaïlee avec un feulement de chat heureux. Sur Kaïlee ? La jeune femme s’était transformée en…un gigantesque loup aux longues ailes souples, museau brun et yeux aussi bleus que ceux du félin. Elle était donc bien louve, elle aussi…Sed recula prudemment, connaissant bien par Talisman le caractère possessif des félins, quand un autre mouvement attira son attention. L’ivrogne, manifestement assez imbibé pour perde toute notion de danger, levait une main armée d’un couteau. Ben tiens…comme s’il avait une chance de toucher quelqu’un ici ! En attendant, Sed ne voulut prendre aucun risque et bondit, vivement ; son poing acheva sa course dans le sternum de l’homme tandis qu’il le désarmait en saisissant son poignet et le tordant violemment. L’odeur d’alcool qui flottait autour de la brute lui fit froncer le nez, quelle puanteur ! La même odeur que celle de son père qui rentrait complètement ivre et flanquait des torgnoles à son fils…Sed lâcha l’ivrogne et le repoussa avec brutalité ; cette engeance le mettait dans une rage…il soupira lorsque l’homme, ébranlé par l’attaque et la vision de deux immenses prédateurs, fit volte-face et s’enfuit d’une démarche malhabile, car comme toujours, il avait craint sa propre réaction. Il haïssait tant les ivrognes, vestiges de son passé, qu’il aurait pu se montrer réellement dangereux. Peut-être même tuer cet homme…le mépris brillait dans son regard noisette, mépris, dégoût et une véritable haine tandis qu’il regardait l’homme soûl détaler.

Et ne fit rien de plus, car il fut à moitié assailli par un énorme félin, une masse de fourrure, d’os et de muscles. D’abord sidéré et presque effrayé, le jeune homme jeta un regard méfiant à l’animal, fronçant les sourcils, réagissant comme un fauve sans s’en apercevoir : ses dents paraissaient entre ses lèvres entr’ouvertes. Puis s’aperçut que l’once ne lui voulait aucun mal, et Sed se retrouva sujet aux marques d’affection d’un énorme félin, aussi grand que lui sous forme animale, une grosse bête lui tournant autour en grognant et se frottant contre lui avec une ardeur qui le fit vaciller. Derrière lui s’éleva un bruit cristallin, et il pivote doucement, sans volter comme il le faisait de coutume, pour voir Kaïlee éclater de rire, trilles d’oiseau moqueur au milieu des rues sombres de Yomi. Un sourire étira les commissures des lèvres de Sed, et il chatouilla le cou de l’once, amusé lui aussi de l’affection manifestée par l’animal. Il hésitait presque à se transformer, l’once semblait si heureuse de le rencontrer…mais il ne voulait pas se transformer en pleine rue sans nécessité, devant Kaïlee de plus. La jeune femme, d’ailleurs, reprenait la parole, lui expliquant que l’once n’était pas souvent aussi amicale et lui demandant s’il était un félin. Le sourire de Sed s’étira, mais se modifia également ; ce n’était plus un air amusé qui se peignait sur son visage, mais un sourire rusé, malin, le genre de rictus qui annonçait à son interlocuteur qu’il avait mis dans le mille, un sourire presque félin. S’appuyant, une seconde, sur l’épaule puissante de l’envahissant félin, il répliqua sans nier :

« En effet…ça m’étonne toujours de voir à quel point les félins sentent ces choses-là. Je veux dire, bien plus que les autres espèces . C’est elle le « gros chat » que tu avais mentionné en parlant à Talisman , n’est ce pas ? »


L’once n’avait pas pour autant cessé de le bousculer et Sed manqua trébucher une fois de plus, puis se décida en souriant. Après tout, puisque Kaïlee savait qui il était, n’est ce pas…la silhouette du jeune homme se troubla quelques secondes, puis se trouva à sa place un félin. Un grand léopard noir, une bête de très bonne taille, souple et musculeuse, recouverte d’une fourrure dense, douce et moirée, dont les pattes de velours foulaient sans bruit le sol souple, masquant dans leur écrin de velours ses griffes, ses armes d’ivoire. Le grand léopard leva les yeux vers Kaïlee, révélant par là même son regard noisette piqueté d’or, étrange sur un tel animal, mais correspondant aux iris de l’homme. De même, quelque chose dans l’air de l’animal rappelait l’humain, ou plutôt, quelque chose de l’humain rappelait l’animal, si bien que face au fauve on était frappé par la ressemblance du léopard noir et de l’homme.
Le monde était tellement plus riche sous forme de fauve…odeurs, sons et lumières, Sed se tourna vers l’once, une belle femelle au moins aussi puissante que lui quoiqu’un peu plus petite, et la salua comme un chat salue un congénère lorsqu’il est heureux de le voir, frottant sa joue sur son col épais, avec un grognement amical. Salut, cousine, content de voir un fauve…était-il félin ou humain, d’ailleurs ? Panthère, le monde était plus beau…pourtant, il pensait comme un homme, même fauve, et ne serait jamais qu’un esprit d’homme dans un corps d’animal, bien que ses gestes et ses songes d’humain aient un je-ne-sais-quoi de la panthère. Il répondit quelques minutes aux manifestations d’amitié de l’énorme animal, puis se transforma à nouveau et s’ébroua, passant ses doigts dans ses cheveux épars pour les discipliner. Un peu. Puis se retourna vers Kaïlee avec un sourire, effleurant de ses doigts la fourrure épaisse de l’once, sans craindre la morsure de l’animal, puisqu’ils avaient été présentés dans les règles :

« En effet, elle est très amicale…elle doit être contente de rencontrer un… « congénère. » D’ailleurs moi aussi. Quand je me transforme pour me promener dans la forêt ou les alentours, je ne croise que des loups, et encore. »

Il soupira et parcourant du regard la sombre ruelle encadrée de bâtiments immenses aux silhouettes torturées :

« …Ici les loups vivent plutôt dans les villes. »


Ces jeunes, ces enfants...enfants-loups, au sens où ils vivaient en meute, sous la tutelle d'un chef craint et jalousé, se battant pour conserver leur rang dans le groupe et se battant, volant, pour ensuite tout partager en laissant la meilleure place au chef. Oui, ici, les hommes des rues vivaient comme une meute de loups, ou plutôt une meute de chiens sauvages, plus dangereux, plus craints qu les loups car agressifs et proches de l'homme. Il ne se demanda si Kaïlee comprendrait sa métaphore. Si ce n'était pas le cas...il lui expliquerait. Ah, pauvres gosses. Il était vraiment heureux de s'en être tiré, mais combien restaient? Combien luttaient et mouraient, vaincus, pauvres chiens sans maître ni collier, petits sans avenir, sans but et sans vie?
Il secoua la tête, puis se reprit. Mais, pourquoi parlait-il autant, lui qui n’avait jusqu’ici survécu que grâce à sa méfiance, pourquoi lui révélait-il tant ? Cette jeune femme n’était certes pas une ennemie, pourtant…il ne pouvait se départir d’un peu de prudence, de défiance, car ces dernières avaient été jusqu’ici les garanties de sa sécurité. Vieux réflexe à peine réprimé…
Adressant un sourire à Kaïlee – et à l’once-, il se remit en marche, tranquillement, à travers la ruelle, en direction de l’auberge, sachant bien que rien ni personne ne les dérangerait.

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On touche pas mon chat! [Kaïlee]

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