Sept éléments, sept clés, une seule histoire : la vôtre ...
 
AccueilAccueil  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Morne jour [Champi]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Pèlerin sans Monde

avatar




Geek : 236
Pouvoir : Invocation d'un cheval noir.
Transformation : Panthère Noire


Rainbow's Data
Identité:



MessageSujet: Morne jour [Champi]   Lun 19 Juil 2010 - 0:30

[la panne d'inspiration que j'ai eu pour le titre...pffff. Je le changerai peut-être plus tard parce que là...]

Lorsqu'il s'éveilla ce matin-là, tôt comme il sied à un serviteur, le soleil dardait à peine ses rayons par la fenêtre, timide astre, qui ne laissait encore dépasser de l'horizon que la moitié de son disque. Avec un soupir, Seedle s'étira dans son lit, avec un air étrange, entre la grâce du félin qui s'éveille et l'air pataud d'un humain encore enfoncé dans un rêve dont il n'a aucun souvenir. Puis il se tourna, se mussant dans les draps chauds avec un sourire qui n'était destiné qu'à lui, et resta ainsi quelques secondes, à bâiller en s'étirant et en se tournant sur le matelas creux et tiède, si doux au réveil. Un miaulement presque impérieux le tira de sa béatitude. Entrouvrant les paupières, ourlées de cils sombres, sur ses yeux noisette, Sed distingua une silhouette grise immobile au pied de son pitoyable lit. L'instant d'après, la silhouette bondit et atterrit sur ses genoux avec un son doux, mélange de ronronnement et de miaulement. Encore un peu absent, Sed effleura l'échine de la somptueuse et grande chatte grise rayée de noir, à la gorge, au museau et aux pattes blanches, d'une caresse. L'animal ronronna lorsque la main du jeune homme flatta son ondoyante fourrure et vint se planter debout sur la poitrine de Sed, retombé sur le dos. Elle le dévisagea de son regard ambré, puis avança le museau. Un petit coup de tête affectueux sur la joue, son salut coutumier, fit sourire Sed qui répondit d'une voix ensommeillée et douce:

"Ouiii Talisman, ma belle, content de te voir aussi. Allez, bouge de là que je me lève, jolie peluche."


Avec un petit miaulement, Talisman libéra son maître de son poids et fila directement, d'une démarche aérienne, queue dressée et arquée à son extrémité, jusqu'à son écuelle devant laquelle elle s'assit et miaula. S'extirpant de sous sa couverture, Seedle se leva en s'étirant et en se frottant les yeux, puis vint verser dans la gamelle de Talisman du lait. Tandis que la chatte lapait en ronronnant, lui se chargea de ses ablutions matinales, se débarbouillant et se rasant. Comme tous les matins, il frémit en croisant son propre regard dans le miroir. Son visage fin, ses cheveux noirs mi-longs, son teint clair, ses yeux noisette lui rappelaient toujours son père. Malheureusement pour lui, Seedle Fieldman ressemblait à son géniteur presque comme deux gouttes d'eau, bien qu'il ait les traits plus fins.

Lorsqu'il fut propre et bien habillé, Sed croqua une pomme un peu flétrie et un morceau de pain, qu'il trempa dans du lait, comme petit déjeuner. Il partagea le pain avec Talisman qui, juchée sur ses genoux, menaçait de mettre des poils partout sur ses habits à force de se frotter contre lui s'il n'accédait pas tout de suite à sa requête. Aussi le jeune homme s'exécuta-t-il avec un soupir:

"Non seulement tu me ruines, ma jolie, mais en plus tu m'affames..."


Talisman, qui n'en avait cure, mordit à belles dents dans le petit déjeuner de son maître. Sed la laissa finir le lait également et soupira. Il n'avait pas faim. Lorsque la chatte descendit de ses genoux après avoir obtenu sa ration de caresses, le serviteur alla ouvrir la fenêtre de la pièce minuscule où il dormait. L'air ambiant envahit la pièce, humide et tiédi par l'été. Observant les alentours, Sed constata que les nuages s'accumulaient au-dessus du château. Le ciel bas et lourd pesait comme un couvercle sur le paysage, et par là-même, sur l'esprit du jeune homme. Le pâle jour que distillait le soleil lui semblait plus triste que la nuit. Au moins, la nuit était pure et cristalline. Mais cette grisaille...le mettait toujours d'humeur aussi morose que les nuages.
Avec un soupir il mit plus ou moins en ordre ses affaires, vérifia que sa tenue n'était pas -encore- couverte des poils clairs de sa chatte, et se prépara à sortir, dans le but d'aller prendre son service. Talisman se frotta contre ses jambes en ronronnant, quêtant son attention. Tout en la caressant, Sed songea au parcours qui l'avait mené jusqu'ici.

Né d'un homme ivrogne, abandonné par sa femme et qui s'était consolé avec sa mère, jolie servante de taverne, tombe bêtement amoureuse de ce rustre, il avait vite appris la définition du mot ivre, et petit déjà, l'enfant tremblait en entendant rentrer son père. Les cris montaient haut le soir, et les claques volaient bas. Au vu de la taille de Seedle à cet âge-là, on aurait même pu dire qu'elles faisaient du rase-mottes. Sa mère n'était pas épargnée, frappée elle aussi. Six ans étaient passés ainsi. Jusqu'à ce, qu'un soir, l'homme sorte en hurlant, passablement éméché en d'autant plus furieux contre une femme qu'il appelait "fuyarde" -pour ne donner que le nom le plus tendre. Il s'éloigna dans la nuit après avoir tiré Sed du lit. L'enfant, blotti contre sa mère, regarda disparaître dans le noir cet homme qui lui avait légué son physique.
Il ne revint jamais.
Seedle en fut, il faut bien le dire, plutôt satisfait et soulagé. Il n'avait jamais connu de son géniteur que cris et coups, et l'immonde odeur d'alcool d'un homme ivre mort. Qu'aurait-il bien pu regretter chez cet homme? Rien, naturellement. Aussi l'enfant s'accommoda-t-il plutôt bien de la disparition de l'ivrogne qu'il n'avait jamais considéré comme son père. Sa mère eut plus de mal: elle avait aimé son compagnon, infidèle, rustre, stupide et ruiné. Voilà bien un penchant de sa mère que Seedle n'aurait jamais pu comprendre.
Ils partirent pour la capitale et là-bas, l'enfant, constatant que sa mère s'était mise à boire et qu'elle oubliait de s'occuper de lui, apprit l'indépendance. Il se mit à se débrouiller pour trouver nourriture et argent. Petit voleur et monteur de magouilles, il devint maître dans l'art de faire payer un renseignement ou de vider les poches d'un riche attardé. Les rares fois où il fut pris, sa petite main s'échappa de celle du volé avant même que l'homme n'ait eu le temps de mémoriser le visage du gosse. En revanche, la victime pouvait souvent constater que Seedle avait filé avec le butin.
Il atteignit ainsi ses quinze ans et choisit alors de changer de nom. De Seedle Fieldman, nom de famille de son père, il devint Sed Meyan, du nom de sa mère. C'est aussi à cette période que la femme mourut, égorgée par un quelconque voleur. Sed la pleura toute une soirée, et après, plus jamais. Il se redressa et choisit d'aller de l'avant. A cette époque aussi il se découvrit deux pouvoirs: sa métamorphose en une panthère noire, qui conservait cependant les yeux noisette du jeune homme, et l'invocation d'une sorte d'esprit, un grand cheval noir, massif, semblant fait de fumée et pourtant réel. L'être se révélait invulnérable à l'acier, mais cependant pouvant être touché par les autres matières. Il était aussi puissant et Sed pouvait le chevaucher. Malheureusement sa durée de vie n'était que d'une vingtaine de minutes au maximum. A cause de ses yeux étranges, démoniaques, flamboyants et pourtant sombres, Sed nomma cet étrange compagnon Dancing Flame.
Il aima une jeune fille, aussi. Asaka. Il se souvenait d'elle...et du coup de poing que lui avait assené son père, respectable artisan, pour les séparer à jamais. Il avait dix sept ans. Un an plus tard, la Gardienne, la Louve, trahit. Sed fut de ceux qui l'admirèrent réellement pour ce courage. Et il fila au manoir pour être pris à son service. Un jeune homme, nommé Howl, le reçut et finit par l'accepter. Et Sed travailla dur, commençant par briquer le sol des cuisines. Au fil des ans, il était monté en grade. Désormais, son rôle consistait plutôt à entretenir le château dans son ensemble, les vitres par exemple, et il n'était plus confiné entre les quatre murs des cuisines.

Talisman sur l'épaule, les pattes avant d'un côté, les postérieures de l'autre, la queue autour du cou comme il avait coutume de la porter lorsqu'il le pouvait -il aimait qu'elle restât avec elle-, Sed sortit dans le couloir et marcha un peu, cherchant ce qu'il avait à faire aujourd'hui. Entraîné à noter les moindres détails, il repéra des rideaux à laver, s'ordonna d'en parler à une des femmes qui étaient dédiées à cette tâche lorsqu'il la croiserait et poursuivit son chemin. Il allait s'engager dans le couloir suivant lorsque de pas y retentirent. L'instant d'après en émergeait une femme au charisme stupéfiant, une femme brune, dont le regard et l'attitude signifiaient clairement qu'elle était maîtresse ici.
Sachant qu'il se trouvait en présence de Aileen Sôma, la Louve en personne, Sed s'agenouilla et courba la tête devant sa maîtresse. Talisman, qui se trouvait désagréablement penchée de la sorte, assura son équilibre en posant une patte sur l'épaule de son maître et en redressant la tête pour fixer la Gardienne avec cet air tranquille et serein, sûr de soi, qu'ont les chats.
Elle émit un miaulement à moitié ronronné, un son interrogateur, juste après que Sed, suivant le protocole, ait énoncé:

"Milady."

C'était la façon la plus simple et efficace de saluer la Louve et, ne l'ayant encore jamais vraiment rencontrée, juste entr'aperçue, Sed ne voulait pas se lancer dans quelque chose de plus alambiqué et risquer de commettre un impair.

1531 mots arrondis à 1500.
30 points d'xp.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://wildhorses.fr-bb.com
Pèlerin sans Monde

avatar




Geek : 149
Pouvoir : Griffes et crocs de loup.
Transformation : Louve.


Rainbow's Data
Identité:



MessageSujet: Re: Morne jour [Champi]   Lun 19 Juil 2010 - 3:06

    Il était tôt, très tôt, et pourtant une activité fiévreuse régnait déjà dans les couloirs. Une activité certes fiévreuse, mais surtout, très silencieuse. En effet, les serviteurs du château pensaient qu’en marchant sur la pointe des pieds, ils ne risquaient pas de réveiller la Louve. Or, c’était se tromper lourdement. Habituée à vivre dans la rue, Aileen avait affiné ses sens, et entendait le moindre bruit, sentait quand une personne s’approchait d’elle, même si elle ne la voyait pas. Car parfois, il n’y a pas besoin d’ouvrir les yeux pour voir, il suffit de sentir. Ou de pressentir, c’est comme vous le souhaitez. Ainsi donc, alors que les gens s’activaient dans le château en tentant de ne pas la réveiller, la gardienne des Ténèbres était couchée sur le dos, et avait les yeux grands ouverts. Couché sur l’accoudoir de la fenêtre ronronnait Dave, le petit chaton volant qu’elle avait adopté pour empêcher les habitants du monde des Ténèbres, peureux et superstitieux, de le lyncher, tout ça pour une paire d’ailes qu’il ne savait pas encore utiliser. C’était le bon temps, car maintenant le petit animal voletait dans tous les coins du château, ne récoltant que des caresses et des petits bouts de viandes chapardés dans les cuisines. Couché entre le lit et la porte, sur un tapis confortable, Slade avait les oreilles dressées et épiait le moindre bruit de son logis. Lui, il était arrivé tout seul. Un jour, le gros loup noir et blanc était arrivé, en très piteux état, et avait du affronter l’hostilité des serviteurs, avant que la Louve ne le protège avec froideur. Dès lors, il s’était accroché à l’humaine et était resté avec elle. Slade, lui, avait un sale caractère. Froid, méprisant, hargneux, méfiant, un genre de bestiole qui n’a confiance qu’en ses semblables, donc en Aileen, louve de son état. Il avait également jugé Howl digne de confiance, et se comportait relativement bien avec lui. Après un dernier instant à écouter sans réelle attention, la Louve se leva, imitée par son animal totem, ce qui la fit sourire.

    « Allez Slade, pousses-toi, tu veux ? Comment ça, tu grognes, en plus ? »

    Ayant un sourire pour son compagnon animal, Aileen tendit la main et laissa le loup y frotter sa tête. S’il avait pu ronronner, sans nul doute il l’aurait fait. Regardant par la fenêtre, où le chat volant ronronnait comme un vrai poêle à bois, elle constata avec déplaisir qu’il pleuvait à verse. Avec déplaisir, oui, et ce pour deux raisons. Tout d’abord, parce que les loups n’aiment pas la pluie. Et ensuite, parce que la pluie du monde des Ténèbres n’est pas une pluie vivifiante, qui fait pousser les plantes. Bien au contraire. La pluie du monde des Ténèbres est à l’image de l’endroit, c’est-à-dire boueuse, désagréable, et trop souvent mortelle. Oui, il y avait beaucoup de gens qui vivaient sans un toit, et qui mourraient de par les intempéries, les meurtres et les viols, ainsi que les règlements de comptes entre bandes armées. Il fallait faire quelque chose, or ici, seul elle pouvait faire quelque chose. Pourquoi ? Eh bien, parce qu’elle est la gardienne de ce monde, et qu’après avoir assassiné le suzerain, elle en avait pris la tête, comme un tyran aimé des siens. S’approchant de la fenêtre pour regarder la pluie, elle caressa avec une douceur que les gens ne lui connaissaient pas la tête du petit chaton qui réclamait des câlins. Indigné par tant de désintérêt, le petit chat s’envola pour atterrir devant le loup et se frotter à ses pattes, ce que Slade tolérait puisqu’il semblait être pourvu d’un instinct paternel protecteur à toute épreuve. Quiconque touchait la bestiole volante se prenait un loup enragé en pleine poire. Plus sa maîtresse, la gardienne des Ténèbres. Donc en général, peu de gens embêtaient Dave …

    Dave. Surnommé ainsi en hommage à Davon, le gardien de la Foudre, son ami. Un court laps de temps, Aileen retourna en arrière, et se revit, cinq ans auparavant, attaquer les gardiens, et Davon lui sauver la vie in extremis, sans s’opposer à elle. Elle avait effacé les traces de son acte en plantant son katana dans la poitrine du gardien de l’air, ainsi personne ne pourrait remonter jusqu’au petit hérétique. Comment allait-il ? La Louve espérait sérieusement que ces connards de prêtres régnants ne lui avaient pas fait trop de mal, pour ne pas l’avoir affronté, ou pour ne pas être mort. Penser un seul instant que leur gardien aurait pu crever là-dedans et que ce sale hérétique leur revient, frais comme une rose, a de quoi en faire râler plus d’un parmi ces abrutis de prêtres finis à la pisse. Eh oui, c’est qu’elle aime beaucoup la religion, la gardienne. D’ailleurs, quand elle est devenue grande reine où je ne sais trop quoi, les habitants ont eu un choc mystique : le roi étant très croyant, les gens se devaient de croire, mais avec l’arrivée de la gardienne, pas croyante pour un bras, ce fut l’agnostisme complet. Allait à l’église qui le voulait, mais ce n’était plus une obligation. Ah, ce qu’elle fut aimée, à ce moment-là …

    « Howl ? »

    Interrogation du matin. Mais où est mon serviteur préféré, qui en général campe devant la porte et me réveille dès qu’il approche ? Eh oui, car dans sa grande gentillesse, la Louve se levait dès qu’elle l’entendait arriver, pour ne pas le faire poireauter trop longtemps. Mais là, étrange, où était-il ? Peut-être avait-il eu un empêchement ? Non, être en retard d’un iota de secondes ne lui ressemblait pas du tout. Il était plutôt du genre à l’observer attentivement pour répondre aux moindres de ses pensées avant même qu’elles n’aient eu le temps de se formuler dans son encéphale. Pourquoi diable, par Héla, n’était-il pas là ? Cessant de scruter la boue tombant du ciel, la gardienne se dirigea vers la porte, Slade sur ses talons, qui prit néanmoins la peine d’attraper un bout de viande dans son écuelle posée au sol. Tiens, manger, quelle bonne idée ! Oh et puis non, en fait. Le matin, comme ça, pas très appétissant. Eh ouais, la Louve est de ces personnes qui ne gobent rien le matin, sauf quand on est force en arguant que c’est bon pour la santé. Et jusque là, seul Howl savait le faire sans y perdre la vie. Quittant ses appartements en trombe, la Louve mit plein cap sur ceux de son valet préféré, celui qu’elle avait failli égorger quand il était arrivé. Ah mais aussi, quel pot de colle à s’accrocher comme ça, ce mec ! Mais à force de rester, de persévérer, la Louve avait, chose extraordinaire, fini par céder, et l’avait embauché. Il faut dire aussi qu’elle n’était pas restée insensible à son charme, car comme toutes les filles, elle savait reconnaître un très joli garçon quand elle en croisait un. Et celui-là, avec sa frimousse toute noire et ses yeux dorés, son regard fermé, un peu triste, celui de l’animal traqué … Bref, elle avait décidé de lui laisser sa chance, tout en le surveillant, et au final l’avait laissé s’approcher de plus en plus, jusqu’à le nommer son serviteur personnel. Celui qu’elle garderait si elle ne devait en garder qu’un seul.

    Marchant dans les couloirs, Slade très proche, sur ses talons, la Louve ignorait les gens qui s’inclinaient en la saluant. Mais elle put décompter un nombre important de serviteurs. En fallait-il autant ? Très méfiante, limite paranoïaque, elle imaginait aisément que des ennemis puissent s’infiltrer pour lui faire la peau. Enfin, avant ça, ils devraient se heurter à la Louve qui ne se laisserait pas faire, et à Slade qui montrerait les crocs pour empêcher les hommes de l’approcher. Pour le moment, il se contentait de croiser les gens sans les calculer, ne leur offrant même pas un regard. Alors qu’elle marchait à grands pas, ce fut un miaulement qui attira l’attention de la Louve. Un miaulement ? Ici ? Dave étant resté dans la chambre, il était normalement impossible qu’un miaulement se fasse entendre, à moins qu’un autre chat ait réussi à entrer sans se faire lyncher par les serviteurs. Tournant à l’angle du couloir vers l’origine du bruit, Aileen se retrouva face à face avec …

    « Howl ? »

    Euh … Non. Howl est plus grand. Il a les yeux dorés. Et il n’a pas cette espèce d’attitude presque irrévérencieuse qui caractérise ceux qui ont vécu dehors à la dure et qui se foutent des convenances. Le Howl qui n’était pas Howl s’inclina en la saluant, mais elle resta étrangement immobile, le fixant, tandis que Slade le regardait aussi de ses yeux profonds, scrutateurs. Non, à bien y regarder, il était stupide qu’elle ait pu le confondre avec Howl. Son regard tomba sur l’épaule du jeune homme, et elle croisa le regard du chat, qui lui tenait tête comme seuls savent le faire les chats. Avec une classe inégalable, et d’ailleurs inégalée jusque-là. Avec un sourire, la Louve caressa la tête du chat qui se mit à ronronner.

    « Ca va, relève-toi. »

    Neutralité parfaite, comme à son habitude. Laissant le valet se relever, la Louve l’observa en détail, et remarqua qu’il était plus jeune et plus petit que Howl, avec les yeux rouges à la place de jaune. Mais qu’il lui ressemblait beaucoup. Beaucoup trop. Tellement que même Slade avait manifesté sa joie en le voyant, avant de se rendre compte qu’il venait de se vautrer comme un chamallow fondu au sol, sous l’effet de la chaleur de l’été. Enfin, quel été ? Surtout à Yomi quoi. Bienvenue dans le monde des Ténèbres, petit Bisounours égaré loin de chez toi.

    « Qui es-tu, toi ? Je ne t’ai jamais vu par ici. »

    Mais tu ressembles beaucoup à mon valet personnel, petit coquin.

    Alooooors.
    1640 mots arrondis à 1650.
    33 points d'exp.

_________________

« Du pur Lys. »

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Pèlerin sans Monde

avatar




Geek : 236
Pouvoir : Invocation d'un cheval noir.
Transformation : Panthère Noire


Rainbow's Data
Identité:



MessageSujet: Re: Morne jour [Champi]   Lun 19 Juil 2010 - 23:58

Howl? Sed leva les yeux, étonné. Howl, c'était cet homme qui l'avait accueilli -un grand mot, accueilli. Cet homme plus grand que lui, plus âgé aussi, avec des yeux dorés et non pas noisette. Plus bâti que Sed, également, qui avait hérité de son père la finesse de la carrure, à son grand désespoir. Ce n'était vraiment pas de chance de ressembler autant au seul homme avec lequel il ne voulait pas avoir le moindre point commun!
En tous cas, Aileen l'avait pris pour Howl, son âme damnée. Certes, les deux hommes se ressemblaient un peu, mais Sed n'aurait jamais pensé qu'ils étaient proches, physiquement parlant, à ce point. D'où sa surprise. Cependant, méfiant et habitué à en laisser paraître le moins possible, il se reprit bien vite et ne bougea que pour répondre:

"Non, je ne suis pas Howl."

Il n'avait pas employé le nom complet du serviteur personnel de la personne lui faisant face, car il n'avait jamais appris son patronyme. A sa décharge il devait dire qu'il n'avait jamais, non plus, cherché à le savoir.
Après cette phrase neutre, sans engagement, Sed demeura immobile, agenouillé.

Talisman, quant à elle, n'avait pas ce genre de déférence.
Lorsque la main humaine effleura sa jolie tête, elle se mit à ronronner et voûssa l'échine de plaisir. Sa queue touffue se dressa, droite, souple à son extrémité, tandis qu'elle sautait des épaules de son maître pour aller saluer de plus près cette femme qui savait si bien caresser les chats. Toujours en émettant ce son, que notre langue ne sait nommer qu'en l'imitant mal, propre aux félins, la grande chatte se frotta contre les jambes de la Louve. Sa tête aristocratique, si jolie avec sa robe d'argent, ses motifs noirs ciselés et sa tache blanche très graphique, revint s'appuyer plusieurs fois contre les bottes de la Gardienne. Ainsi, Talisman marquait de son odeur la femme, indiquant clairement que cette humaine était à elle, marque d'attention et d'affection très fortes chez un chat.

Sed cessa de s'inquiéter pour sa seule et meilleure amie, la chatte, lorsqu'il vit le sourire de Aileen caressant la femelle. Un instant il avait craint que sa patronne, dont l'attachement à son loup était connu, n'appréciât pas les chats. C'était visiblement le contraire, à en croire son expression...et la réaction de Talisman. Les chats savent bien quand on les admire ou qu'on les aime. Cependant, constata le jeune homme avec une légère incertitude, son amie venait de mettre des poils gris plein les jambes de la Gardienne...il ne restait qu'à espérer que les poils de chat ne la dérangent pas! A cette pensée, somme toute assez absurde, le jeune homme étouffa un sourire sous le voile de ses cheveux noirs qui, libérés et pendant de chaque côté de son visage, venaient chatouiller la ligne de sa mâchoire. Rien de comparable avec la façon dont la queue, toujours droite, de Talisman lui taquina le nez lorsque la femelle revint vers lui. Il manqua éternuer, et se contint d'extrême justesse. Par-dessous ses paupières baissées, il jeta à Talisman un regard de reproche, auquel elle répondit par l'air insondable et supérieur des chats. Le félin revint vers le visage de Sed pour lui donner un petit coup de museau sur la joue, geste à la fois possessif, impérieux et affectueux. Qui connaissait les chats aurait pu traduire sans trop d'efforts les trois significations de ce coup de nez rose. Talisman signifiait tout d'abord ainsi que Sed était à elle, rien qu'à elle. Son humain personnel et attitré. Son serviteur avant celui de la Louve. D'autre part, elle en profitait pour témoigner à son ami son attachement. Elle montrait à tous qu'elle l'aimait, de l'amitié et de l'amour qu'ont les chats: ce mélange de tyrannie et de tendresse. Enfin, cette caresse était aussi un ordre adressé à Sed, quelque chose du genre: tu es à moi, occupe-toi de moi tout de suite.
Sed accéda évidemment à sa requête, se fichant bien de ce qu'en penserait son vis-à-vis. Il connaissait assez Talisman pour savoir que, s'il la contrariait en public, il s'exposait à un concert de miaulements, à des regards suppliants capables de donner honte à un démon, à toute une démonstration d'affection et de supériorité. En d'autres termes, à des représailles longues, bruyantes, et sans aucun répit. Le jeune homme frotta donc de sa main libre, celle qui n'était pas posée sur son genou, la joue douce de son amie qui ronronna de plus belle. Sed ne put retenir un sourire amusé. Il pouvait peut-être passer pour un fou, à être ainsi l'ami d'un chat, à paraître aussi manifestement docile et affectueux face à Talisman. Mais l'attachement de la chatte lui était un cadeau inestimable, et une relation à laquelle il n'aurait renoncé pour rien au monde.

L'ordre, neutre, presque froid de la femme coupa court à ses pensées, et Sed se releva d'un geste souple, bien loin de l'air maladroit et empressé d'un servant docile. Seedle Fieldman n'avait pas une musculature aussi saillante que certains hommes, mais l'ensemble de sa démarche, de ses gestes était empreint de souplesse et de fluidité. Il possédait cette économie de mouvements de ceux qui savent se faire discrets et efficaces, ceux pour qui chaque geste superflu est une inutile dépense d'énergie. A vrai dire, et c'était encore plus latent depuis qu'il maîtrisait bien sa métamorphose en panthère, le jeune homme avait parfois quelque chose de félin dans sa façon de se mouvoir. Quelque chose de prédateur. La classe inégalable des chats et la noblesse des panthères en moins, naturellement.

Debout, droit avec un je-ne-sais quoi de décontracté dans la façon de se tenir, un air à la fois détendu et alerte, Seedle remarqua qu'il dominait la Louve d'une tête. Il avait pourtant toujours entendu dire qu'elle était grande...exagération bien naturelle de la part d'habitants admiratifs, sans doutes. Après tout, il avait beau être jeune, il n'en était pas moins un homme fait, et rares étaient les hommes qui n'étaient pas plus grands que la majorité des femmes. Excepté les géantes.
Asaka, se souvint-il soudain, était aussi grandi que lui. Il faut dire que, à l'époque de leur relation, Sed, âgé de quinze ans, n'avait pas réellement décidé de grandir. En revanche, les deux années suivantes, il avait poussé comme un haricot, se musclant tant bien que mal. A dix-sept ans, lorsque le père d'Asaka avait séparé les tourtereaux, Sed ressemblait à un adolescent monté en graine. Heureusement, d'ailleurs, songea-t-il avec amertume, car s'il avait été plus musclé et surtout, si le coup de poing de l'artisan ne lui avait pas brisé la clavicule, il n'aurait pas hésité, malgré les promesses faites à Asaka, à balancer son propre poing dans la figure de l'assaillant.

Balayant toutes ces pensées sombres, sans timidité ou hypocrite déférence, il soutint le regard de la femme, l'expression grave et sérieuse. Cependant, dans ses prunelles noisette piquetées d'étincelles dorées brillait quelque chose de curieux, le genre de lueur qu'aurait pu avoir dans les yeux une bête traquée, sans cesse sur ses gardes, aux aguets. Son regard ne s'éclaircit qu'une seule fois, de surprise, lorsqu'il constata que le loup bicolore -quel était son nom déjà, Sade? Non, Slade, lui semblait-il- s'était littéralement vautré par terre en le voyant, dans l'attitude d'un chien heureux de voir une personne chère. Pourtant, il n'avait jamais, au grand jamais, rencontré l'imposant canidé...et, d'après ce qu'il avait entendu, le grand loup n'était pas du genre à jouer les carpettes devant tous les inconnus. C'était plutôt un animal au sale caractère, au tempérament d'alpha, un dominant.
Tandis que Slade se relevait, Aileen Sôma parla de nouveau au serviteur:

« Qui es-tu, toi ? Je ne t’ai jamais vu par ici. »

Sed laissa passer deux secondes avant de répondre. Talisman profita de ce laps de temps pour se dresser sur ses pattes postérieures, appuyer ses coussinets avant sur la jambe droite de Sed et pousser un miaulement mi-implorant mi-impérieux, exigeant d'être immédiatement prise dans les bras de son ami. Une princesse comme elle, rester dans la poussière! Lors des échanges entre humains, elle aimait être à la hauteur où se déroulaient les choses, c'est à dire le buste et les tête de ces drôles de bipèdes.
Sans réfléchir, presque par réflexe, Sed se pencha, attrapa Talisman sous les pattes avant et l'enleva dans ses bras, un bras maintenant son poitrail et ses épaules, soutenant son train arrière de l'autre. Sa main libre pétrissait la fourrure épaisse et douce de la chatte qui, satisfaite, ferma un instant les yeux en poussant sa tête sous le menton de Sed, avant de regarder Aileen d'un air narquois, comme disant "Tu vois, lui, c'est mon humain à moi. A moi toute seule".
Caressant Talisman, Sed répondit à la Louve d'un ton neutre:

"Je suis Sed Meyan, et je suis employé au Château depuis deux ans seulement."

Il hésita un instant à révéler son vrai nom, choisit de le taire. Puis, sous le double regard acéré de la Louve et du loup, choisit de ne pas jouer les cachottiers. Après tout, la franchise avait toujours été une de ses qualités...et puis, mentir à la Louve? Alors, d'un ton qu'il voulait aussi calme que précédemment, Sed ajouta, ses yeux noisette aux reflets dorés rivés dans ceux de celle qu'il servait:

"Mon nom véritable est Seedle Fieldman."

Il avait réussi à prononcer ce prénom qu'il avait autrefois abandonné sans fléchir, mais sur le dernier mot, sa voix ripa soudain, et il ne put s'empêcher de teinter le nom que lui avait transmis son père de tout le mépris et le ressentiment qu'il éprouvait envers cette homme. Non, pas cet homme. Cette caricature d'être humain, ce salopard, cet ivrogne...cette bête avinée et violente.
Troublée par la soudaine animosité du ton de son humain, Talisman leva les yeux vers lui. Bien que sentant que la colère et la haine qu'elle percevait, en bon chat, ne lui étaient pas destinées, Talisman renversa la tête en arrière. Plongeant ainsi son regard ambré, doré, dans les prunelles noisette de son Sed à elle, elle émit un petit miaulement interrogateur. Lorsque Sed la caressa pour l'apaiser, en lui murmurant, tout bas, de telle sorte qu'elle seule comprenne, un mot affectueux, la chatte reporta son attention sur Aileen.

[je crois que j'adore ce chat^^]

1686 mots selon Open Office.
Arrondis à 1700 mots, cela nous fait 34 points d'XP ♫
+ LEVEL UP! ; niveau 6 .


[KYAAAHOUUUUH *___* ]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://wildhorses.fr-bb.com
Pèlerin sans Monde

avatar




Geek : 149
Pouvoir : Griffes et crocs de loup.
Transformation : Louve.


Rainbow's Data
Identité:



MessageSujet: Re: Morne jour [Champi]   Dim 1 Aoû 2010 - 20:00

    Non. Ce drôle de bonhomme n'était pas Howl. Il lui ressemblait pourtant énormément ! Cette même tignasse noire, ce regard insondable aussi lisible que la rivière de l'oubli, cette allure décontractée qui aurait pu passer pour insolente ou rebelle. Et en fait, seuls les yeux changeaient. Ceux de son serviteur personnel et favori étaient aussi clairs que l'or pur, avec des reflets indéfinissables et une lueur indescriptible lui faisant un regard de Don Juan. Ceux du serviteur lui faisant face étaient marrons clairs, qu'on aurait pu qualifier de noisette ou ambre foncé. Alors qu'elle allait lui dire de se relever, la boule de poils qui l'accompagnait, à qui elle avait caressé la tête un peu plus tôt, sauta de l'épaule de son maître pour venir se frotter à elle en ronronnant, collant du même coup pleins de poils sur son manteau noir violet. Aileen, qui avait toujours eu une grande admiration pour la gente féline, laissa faire l'animal et se contenta de sourire en s'imaginant la réaction de Dave, son petit chat ailé, quand il verrait qu'un autre félin avait attiré les faveurs de la gardienne. Oh qu'il serait jaloux, ce gros pépère dont la principale activité se résumait à dormir sur le rebord de la fenêtre, ou collé au ventre chaud de Slade, si ce n'était pas dans le lit même de la gardienne qui, trop brave avec nos amis les bêtes, le laissait faire sans piper mot. Ayant bien posé ses poils et son odeur sur la Louve, montrant ainsi qu'elle la considérait comme quelqu'un de bien, la chatte retourna avec élégance vers son maître, lui chatouillant le nez de sa queue dressée, manquant de le faire éternuer. La gardienne retint un sourire amusé et reporta son attention sur Slade, qui s'était roulé au sol en glapissant, pensant reconnaître Howl Fieldman en la personne de cet inconnu. Maintenant, l'irascible loup s'en voulait de s'être fait si bêtement avoir, et il fixait l'étranger de son regard insondable, typiquement canin. Il se permit toutefois de donner un petit coup de patte amical au félin quand ce dernier passa, coup de patte qu'il donnait de temps en temps à Dave, pour lui témoigner son affection. Slade, le portrait animal d'Aileen. Méchant avec les hommes, gentil avec les bêtes.

    « C'est une très jolie bête. Comment s'appelle-t-elle ? »

    Comment ça, question incongrue ? Prononcée avec un soupçon de chaleur, elle laissa un temps de silence auquel Aileen ne s'attendait certes pas. Tandis que la gardienne ordonnait à l'homme de se relever, avec un soupçon de fraîcheur dans la voix, Slade le fixait avec neutralité, attendant également de savoir qui était ce type qui ressemblait tellement au serviteur personnel de sa maîtresse. Enfin l'homme lui répondit, arguant qu'il s'appelait Sed Meyan, engagé depuis deux ans. Tiens ? Au moins un qui ne lui donnait ni du dame, ni du milady. Voilà qui la changeait des autres serviteurs, enclins à se pencher rapidement en lui sortant tous les titres possibles, sous les grondements méprisants du loup qui les toisait de toute sa hauteur. Slade, tellement intelligent. Je t'aime, grosse bête. Néanmoins, les deux loups n'étaient pas satisfaits de la réponse. L'animal, parce qu'il sentait d'instinct que la phrase n'était pas finie, l'humaine, parce qu'elle se fiait également à son instinct, et que quelque chose dans le regard du dénommé Sed lui montrait qu'il s'obstinait à lui cacher quelque chose. Quoi donc ? Un truc. Et s'il y a bien une chose à ne pas faire, c'est cacher des trucs à la Louve, assez méfiante pour décider que la personne lui faisant face représente un danger potentiel, et décider du même coup de l'éliminer, purement et simplement. Certes, Sed faisait bien une tête, voire une tête et demi de plus qu'elle, mais elle en avait bouffé des plus coriaces. L'équipe des gardiens presque complète, moins deux, puisque celui de l'Air avait été tué par celui de la Foudre, et qu'elle avait volontairement tenté d'éloigner ce dernier du massacre en le renvoyant dans son monde. En se rendant compte qu'elle avait lamentablement échoué puisque Davon, qui lui avait appris à lire, était le plus à même de reconnaître les courbes calligraphiques de son écriture, qui aurait pu passer pour une écriture bourgeoise, signée de main de maître. Oh, et puis le monarque de la nation des Ténèbres aussi, qui avait tenté de l'évincer ou de la mettre sous sa botte – et dans son lit, mais besoin n'est pas de le préciser, j'imagine, hm – et qu'elle avait éventré aussi facilement qu'un collectionneur qui attache un papillon à sa collection déjà bien garnie. Ah, et son père, bien sûr, qu'elle avait tué à l'âge tendre de dix ans, alors que, complètement torché, il s'apprêtait à la tuer ou la violer, au choix. La mater et en faire un caniche bien élevé. Elle, la Louve, un caniche ? Quelle idée saugrenue. Il en avait fait les frais d'ailleurs, le paternel.

    Alors qu'elle allait reposer sa question en lui précisant de ne pas lui mentir, Sed Meyan daigna répondre seul, sans avoir besoin de menaces, et sans lui donner du milady, encore une fois. Mais comme il l'omettait pas inadvertance, sans volonté de provoquer son courroux, Aileen préférait laisser courir et ne pas relever cela. Si Howl avait été là, par contre, il aurait déjà agi, et peut-être pas dans le bon sens. Au lieu de laisser faire le serviteur, il l'aurait sans doute repris avec sécheresse pour lui conseiller – ou plutôt, lui aurait donné un conseil qu'il est ordonné de suivre – de ne pas manquer de respect à la gardienne. Howl. Howl Fieldman. Et Sed. Sed Meyan ou Seedle Fieldman ? Si le nom de famille fit réagir la gardienne, elle ne le montra pas, se contentant de hocher la tête pour saluer l'initiative du serviteur qui avait bien compris qu'il fallait éviter de lui mentir. Fieldman. Exactement le même nom de famille que celui de son serviteur. Etait-il son frère ? Ou bien était-ce une nouvelle méthode d'infiltration ? Se faire passer pour un serviteur, frère du serviteur attitré de la gardienne, son âme damnée, pour essayer de s'attirer ses faveurs, et la tuer au bon moment ? Eh bah, raté. La seule chose que le prétendu frère de Howl Fieldman avait réussi à faire, ce fut éveiller la méfiance à la limite de la paranoïa de la gardienne, qui comptait bien en toucher deux mots à son valet personnel, la chauve-souris damnée. Slade, également, ne se permit pas un grognement. Il suivit juste de son regard acéré le mouvement de l'homme, qui s'était penché pour attraper son chat qui, sinon, lui aurait tapé un concert de miaulements assez colériques pour faire fuir les envoyés fanatiques de la déesse Héla, qui vivaient encore dans le vieux temple en ruines, après avoir délogé les nomades de la Lumière qui s'y étaient installés. Ils ne dérangeaient personne, pourtant, ils soignaient même ceux qui leur demandait. Rah, quels sacs à merdes, ces curés, quels qu'ils soient.

    Animosité. Sensible au brusque changement de comportement du valet, Slade s'était relevé et avait découvert les crocs, un grondement menaçant s'échappant du fin fond de sa gorge. Et Aileen, qui faisait aveuglément confiance à son animal de compagnie, avait plissé des yeux pour détailler l'homme avec une précision animale. Puis, considérant qu'elle n'avait rien à craindre de lui, si toutefois elle pouvait avoir à craindre d'un quelconque être humain, quel que fut son titre et son pouvoir, la Louve posa la main sur la tête de son animal, pour lui intimer en silence de se calmer. Obéissant à l'injonction de la Louve, l'animal cessa de gronder et se rassit, refermant également la gueule, mais sans cesser de fixer l'homme avec défi. Vas-y, disait son regard. Essaie donc de faire un pas vers mon humaine, et je te bouffe en sandwich nature, tel un steak cru goût humain et un peu de sauce arôme sang frais. Son loup de compagnie faisant un très bon élément de dissuasion pour contrer les attaques, Aileen le laissa toiser le dénommé Sed sans se mêler de cette affaire. Mais elle le regarda caresser la tête de son chat qui avait miaulé, lui aussi sensible à l'animosité de l'homme sur lequel elle s'était perchée. La gardienne, la main toujours posée sur la tête de son loup, soutint calmement le regard du chat, avant de reporter son attention sur l'humain, nettement plus intéressant au niveau de la conversation. En parlant de la conversation, peut-être était-il temps de la relancer, hm.

    « Je pense que tu préfèrerais qu'on t'appelle Sed Meyan, si je ne me trompe pas. »

    Oh, la gardienne qui fait de l'humour, notez ! Elle eut d'ailleurs un très léger sourire pour essayer de détendre l'atmosphère. Mh, raté ou pas raté ? La Louve n'eut pas le temps de la savoir, car son oreille attentive aux moindres sons venait d'en repérer un, et un super important. Un genre de flap flap, comme un truc ailé qui se déplacerait dans les couloirs. Un truc ailé qui voletait avec imprécision pour échapper à un danger mortel, qui courait juste derrière, un humain par exemple. Quel était ce truc ailé ? Un oiseau ? Ou un petit chat volant terrorisé d'avoir malencontreusement quitté la chaleur des appartements de la gardienne ? Cette dernière, alertée par le bruit, se tourna, juste à temps pour voir débouler son petit Dave dont les poils dressés le faisait ressembler à une grosse boule de poils qui aurait pris le courant. Le chaton ailé lui fonça dessus, fit un crochet pour foncer droit sur Sed et se heurter à sa poitrine. Avec un miaulement effrayé, le chaton tomba au sol, mais ne le toucha pas, car Slade le loup avait bondi pour attraper le petit animal et le cacher sous ses pattes. Slade le loup, qui détestait qu'on s'en prenne à son petit protégé, autrement dit Dave le chat volant. Protégeant le chat, il se mit à grogner avec haine et animosité à l'homme qui venait de débouler du couloir, un grand rouquin qui portait en collier l'emblème de la confrérie d'Héla, et qui puait le mauvais alcool à plein nez. Le roux pila net devant le regard agressif de la gardienne, qui avait d'ailleurs sorti ses griffes. On a attaqué son chat ? Ca va chier des bulles.

    « T'es qui, toi ?! »

    « Milady, je ... »

    « Je t'ai pas demandé mon titre, abruti ! De quel droit oses-tu attaquer mon chat, espèce de sac à vin ?! »

    « Un chat ? Mais il a des ailes ! »

    « Non, sans blague ! La déesse t'a offert un cerveau, pour te remercier de ta fidélité ? C'est pas en te torchant comme un ivrogne que tu vas le mettre en marche ! »

    Le rouquin pâlit, puis recula, touché par les mots agressifs de la gardienne de son monde. Manque de pot, celle-ci n'avait pas fini sa diatribe, et comptait bien la continuer.

    « Vous, les croyants, vous êtes tous les mêmes ! Vous nous rabâchez de croire en la déesse et vous êtes infoutus de croire en quelque chose que vous voyez ! Le chat ailé, il est là, votre prétendue déesse qui va nous sauver, elle n'est pas là, et si elle existe vraiment, pensez à la secouer pour qu'elle sauve le monde dont elle a la charge de la misère, au lieu de rien branler de ses journées ! »

    Lady Aileen Sôma est agnostique, qu'est-ce que je vous ai dit. Pour le moment, elle n'était pas disposée de croire à l'existence d'une prétendue divinité. Que celle-ci fasse un signe, et on verra par la suite.

    « Puis comment t'es entré ici, d'abord ? »

    « Mais Milady, je suis un de vos serviteurs ! »

    « Toi, un de mes serviteurs, mais tu te prends pour une bille ? J'ai clairement spécifié à Howl de ne pas engager un de ces pourris de croyants fanatiques qui polluent mon existence, et il est assez fin pour reconnaître de loin les ressortissants de cette sale engeance ! Alors maintenant écoute-moi bien, pauvre abruti. Tu dégages de suite et tu disparais de ma vue, ou bien je te tue. C'est assez clair pour la mare gélatineuse te tenant lieu de cerveau, ou il faut que j'emploie des mots plus simples ?! »

    Reculant à nouveau, le fanatique complètement torché comprit qu'il valait mieux déguerpir. Ne prenant pas la peine de saluer, il tourna les talons et partit en courant, pendant que la Louve, ayant détourné son attention de ce gros lâche, se penchait pour attraper son petit Dave qui tremblait encore sous les pattes de Slade. Brusquement maternelle, la Louve serra le petit chaton ailé dans ses bras pour le rassurer. Puis, se tournant vers Talisman et Sed, elle reprit la parole avec neutralité, comme s'il ne s'était absolument rien passé.

    « Eh oui, moi aussi j'ai un chat. Il s'appelle Dave, et il a bien des ailes. Malgré ça, il miaule, il mange et il dort comme un chat sans ailes, et lui aussi adore coller des poils sur mes habits et me faire tourner en bourrique. Et comme il est aisé de le constater, le premier qui cherche des ennuis à mon chat simplement parce qu'il est pourvu d'ailes a droit à un aller simple vers le prétendu royaume de la déesse Héla. »

    2240 mots, arrondis à 2250.
    45 points d'expérience.

_________________

« Du pur Lys. »

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Pèlerin sans Monde

avatar




Geek : 236
Pouvoir : Invocation d'un cheval noir.
Transformation : Panthère Noire


Rainbow's Data
Identité:



MessageSujet: Re: Morne jour [Champi]   Lun 23 Aoû 2010 - 18:41

    Lorsque le loup donna gentiment un coup de patte à Talisman, cette dernière volta et cligna des yeux en regardant le canidé, signe de paix et d'amabilité en langage félin. Puis elle retourna voir son maître. Sed avait suivi la scène, relativement soulagé de constater que la Louve semblait apprécier les chats, à la grande différence de tous ces abrutis, fanatiques de la déesse Héla, ou juste superstitieux ridicules, qui passaient leur temps à faire la chasse aux chats. Enfin, qui avaient essayé de faire la chasse au chat, plutôt, car la seule fois où Sed avait vu un type menacer son félin, l'homme s'était retrouvé par terre avant même de comprendre ce qui lui arrivait, et, en termes choisis et bien peu châtiés -fallait bien ça pour qu'ils comprennent ces abrutis-, le jeune homme avait expliqué clairement aux autres ce qui arriverait au prochain qui toucherait un poil de Talisman. Le plus drôle, avec le recul bien sûr, car sur le coup Sed était très contrarié, ça avait été de voir Talisman se planter aux pieds de son humain, et toiser les autres types dans le genre "J'ai pas peur, d'abord, viens-y voir un peu crétin!"...évidemment, toute seule, elle aurait couru ventre à terre. En tous cas, Seedle, suite à cet épisode et à quelques autres, avait connu une certaine...évolution, dans l'opinion qu'avaient de lui les autres serviteurs. De petit nouveau à chahuter un peu et sûrement intéressé par les ragots, il était passé à type au sale caractère. Le message était vite passé: on fichait une paix royale à Sed, et on ne touchait pas à son chat. Les serviteurs avaient vite mis à l'écart ce jeune homme qui ne s'intéressaient ni aux ragots dits "croustillants", ni aux blagues volant plus bas encore que le derrière d'un cochon, ni aux discussions dans lesquelles on refaisait le monde encore pire qu'il ne l'était déjà, ni enfin aux beuveries collectives dont le seul but était d'arriver à rentrer au Château ensuite. La dernière occupation remplissait Sed de dégoût, car le jeune homme ne parvenait pas à oublier son ivrogne de père, sa démarche lourde, sa voix mal assurée, ses gestes brutaux, son odeur d'alcool rance. Tout ceci l'avait définitivement vacciné contre l'alcool, enfin, presque. C'est à dire qu'il lui arrivait de prendre une bière, parce que bon, demander de l'eau dans une taverne c'était quand même un brin compliqué, mais il ne trouvait aucun plaisir à s'y noyer. De toute manière, il n'avait jamais été soûl, de mémoire. Bon, d'accord, sur ce sujet là la mémoire peut être trompeuse, mais...Sed tenait extrêmement bien l'alcool. D'ailleurs, l'expression "gueule de bois" s'ouvrait pour lui sur des abîmes de perplexité. En bref, Sed était un peu le serviteur tout seul à l'écart, dans le Château Noir. Il faut dire que, entre les crétins en compagnie desquels il s'ennuyait et dont la bêtise crasse l'agaçait prodigieusement, et les ambitieux aux dents longues qui passaient leur temps à se donner du "mon ami" en face à se poignarder par-derrière, le choix était limité. Alors, il avait préféré demeurer totalement seul, en compagnie de son chat uniquement, et peu à peu les serviteurs avaient compris. Ils le trouvaient parfois snob ou hautain, mais au moins, Sed avait la paix. Cela dit, il n'avait pas intérêt à s'attendre à la moindre indulgence de la part de ses...collègues. Mais, si c'était le prix à payer pour avoir la paix...Dans la jungle qu'était la vie à ses yeux, il faisait comme son homologue félin, il chassait en solitaire. On n'a jamais entendu parler d'un clan de panthères noires, après tout, chacun pour soi. Et Héla pour tous, auraient ajouté quelques fanatiques...

    La Louve finit par reprendre la parole, interrogeant Seedle sur le nom de son chat. Heu, pardon, sur le nom du chat à qui il appartenait. La question était relativement, pas amicale, mais...moins froide que la moyenne, et Sed répondit tranquillement, oubliant une fois de plus le "'milady" sans s'en rendre compte. L'étiquette, les convenances, c'était un point de sa nouvelle vie avec lequel il avait encore du mal. En fait, il était carrément fâché avec. Donc, ce fut une réponse courtoise, respectueuse, mais sans Milady au bout. C'est pas sa faute, il a pas l'habitude.

    "Elle s'appelle Talisman."


    Le chat qui entendait son nom tourna vers lui un regard fixe et, à tout hasard, cligna des yeux. Puis la chatte revint d'un pas souple vers le loup, Slade, qui l'avait gratifié d'un coup de patte amical tout à l'heure. Curieuse et plutôt amicale, elle le flaira un peu, histoire de faire connaissance, et sembla décider que c'était quelqu'un de bien puisqu'elle frotta sa joue sur le poitrail -bien qu'elle soit grande, il lui était difficile d'atteindre un autre endroit du loup.
    Slade, qui avait soudain senti l'animosité de Sed lorsqu'il avait donné son nom, gronda en l'observant. Le jeune homme, devinant bien la raison de la méfiance du loup, mais évidemment incapable de lui dire que non, c'était pas contre Aileen qu'il était en colère, ne broncha pas, et évita de croiser le regard du canidé, sachant bien que c'était, entre animaux, un signe de défi. Inutile de défier Slade, inutile et même dangereux. Si une panthère noire pouvait faire face à un loup, contre deux loups, cela risquait de devenir...légèrement plus compliqué. Et puis, de toute façon, Sed n'avait nullement l'intention d'attaquer l'une des rares personnes qu'il respectât en ce bas monde. Alors il laissa grogner Slade et reporta son attention sur la Louve, qui finit par reprendre la conversation parce que bon, lui ne savait pas vraiment quoi dire. Taciturne, il était souvent mal à l'aise dans les échanges verbaux, à moins d'être suffisamment remonté -c'est à dire énervé ou excité, au choix- pour bavarder à bâtons rompus.
    La phrase était empreinte d'une certaine ironie. Oups. Il ferait mieux d'apprendre un peu à dissimuler ses émotions, un jour ou l'autre, tout ça lui jouerait des tours...enfin bon, tant pis. Sa rancoeur envers son père était encore trop profonde pour qu'il puisse prononcer son nom d'un ton neutre, et il répondit avec un sourire en coin, involontaire. Le sourire du gars qui aurait préféré qu'on ne devine pas tout quand même:

    "Euh, oui, vous avez rais..."


    Un bruit d'ailes et la réaction d'Aileen, à l'ouïe fine, devant lui l'empêchèrent de terminer sa phrase, ou plutôt en noyèrent la fin. Sed vit débouler un chaton au pelage hérissé, visiblement terrifié, un chaton qui poussa un petit miaulement en voyant Aileen et qui...vola droit sur elle. Vola? Sed souleva un sourcil. Un chaton ailé? Bon, non pas que ce soit impossible, hein, mais bon, il fallait avouer qu'un chaton ailé ça ne courait pas les rues. Euh, pardon, ne volait pas les rues. Bwahahaha, très drôle Sed. Vraiment hilarant, bravo, personne n'aurait fait mieux. Il détestait cette petite voix chargée d'autodérision et lui répondit en termes sans équivoques. Tout ceci se déroulait bien sûr mentalement. Il n'en était pas encore à parler à voix haute avec lui-même, quoique...lorsqu'il s'adressait à Talisman, non pas pour des flatteries mais vraiment en manipulant des concepts typiquement humains, il ne parlait pas vraiment à la chatte...il poursuivait plutôt seul son raisonnement, aidé par l'oreille attentive du félin qui se laissait bercer par les intonations, et parlait, en somme, avec lui-même. Bon, bref. En tous cas il ne le faisait pas devant témoins. Revenons à nos moutons et nos chatons.
    La petite bête plus hérissée qu'un paillasson fit, au tout dernier moment, un écart et fonça droit sur Sed. Houston, on a un problème, obstacle droit devant. May day. Complètement paniquée, le bébé rebondit sur la poitrine du jeune homme, qui amorça vivement un geste pour le rattraper. Il ne connaissait pas cette petite bête, ne l'avait jamais vue, mais il n'allait quand même pas laisser un chaton se crasher par terre. Slade avait cependant été plus rapide que lui et avait attrapé le petit chat en perdition, pour le protéger entre ses pattes. Revenant au niveau des humains, Sed fixa son attention sur l'homme que toisait la Louve, un rouquin à l'air crétin, que le jeune serviteur n'avait encore jamais vu. De taille moyenne, l'homme avait les cheveux relativement sales, des vêtements qui avaient sûrement connu des jours meilleurs. En réalité, il faisait un peu négligé. Autour de son cou brillait, bien en évidence, un énorme collier à l'effigie de la déesse Héla, et Sed fronça soudain le nez. Ce type puait littéralement l'alcool bon marché, celui qui sert juste à se soûler. Cette odeur le ramenait des années en arrière et, chaque fois qu'il la sentait, le jeune homme pensait à son père. Ce dernier, par son attitude, lui avait fait éprouver une haine et une méfiance totale envers les ivrognes, catégorie à laquelle ce type appartenait manifestement. Et vu son collier, il n'était pas qu'ivrogne, mais aussi fanatique. Le pire du pire, quoi.

    Sed éprouvait généralement pour ceux qui croyaient en la déesse des sentiments mitigés, allant de l'incompréhension à la légère condescendance. Non pas qu'il s'estime supérieur à eux du fait qu'il ne croyait ni à Dieu ni à diable, mais les prières, les prosternations, les litanies ferventes des fidèles l'avaient toujours étonné. Vénérer un être invisible? Et puis quoi encore? Quelle bêtise...Sed n'avait jamais cru à l'existence d'une quelconque déesse, et en général, il estimait que, si cette créature vivait réellement, elle aurait pu se bouger un peu et arranger les affaires de son monde au lieu de regarder de là-haut, tranquillement assise sur son séant. Non mais quelle feignasse...à supposer qu'elle existe, c'était cette j'en-fous-pas-une-rame que vénéraient les croyants? Pitoyable.
    Les fanatiques étaient encore un cas à part dans l'esprit de Sed. Si il n'avait rien contre les croyants bien qu'il ne comprenne ps grand-chose à leurs rites et leur foi, il nourrissait envers les fanatiques un mépris féroce. Ces hommes croyaient que, pour une déesse, tout était permis. Qu'on pouvait tuer, torturer, chasser des hommes qui ne faisaient rien de mal à personne, en plonger d'autres dans l'opprobre, au nom d'une divinité qui n'avait pas encore donné signe de vie. Et surtout, ces types étaient les plus enragés de tous concernant la chasse aux chats, et forcément, ça n'avait jamais amélioré l'opinion que Sed avait de ces abrutis. Aveuglés par leur foi...de vrais papillons voletant vers ce qu'ils croyaient être le soleil, qui n'était guère qu'une lampe, et heureux de s'y brûler les ailes à condition d'entraîner d'autres hommes avec eux.

    En tous cas, le Léopard noir avait pour l'heure l'occasion d'assister à une splendide colère de la Louve, aux premières loges, et sans être le principal concerné. Sacré spectacle, qu'il observa en demeurant discret, n'estimant pas nécessaire de se faire remarquer, que ce soit par l'ivrogne qui se prendrait au moins un poing dans la figure s'il décidait de prendre Sed à parti, ou par la Louve qui était déjà occupée. En mots vifs, tranchants, elle commença à démonter littéralement l'abruti qui balbutiait, ne pouvant pas en placer plus d'une entre chaque tirade. En fait, juste le temps que Aileen reprenne son souffle. Finalement, il prétendit en dernier recours être un serviteur. Sed, sans rien dire, haussa un sourcil de nouveau, ne pensant pas avoir déjà vu ce type arpenter les couloirs. Or, il était quand même ici depuis deux ans déjà...Aileen confirma, et l'homme terrifié par l'ultimatum qu'elle lui avait adressé fila comme une fusée, le plus loin possible de la Gardienne. Quel lâche, songea Sed. Il n'avait même pas le courage d'assumer ses actes. Bon, d'un autre côté, la réputation d'Aileen était suffisamment...notoire pour qu'un type se voyant menacé de mort ait envie de partir très loin et très vite.
    Détournant son regard du fuyard, le Léopard remarqua que sa patronne avait saisi le petit chat dans ses bras et le serrait contre elle, soudain douce et maternelle, dans le but, probablement, de rassurer la petite bête. Effectivement, les tremblements du bébé s'estompèrent. Puis, peut-être parce qu'elle avait senti le regard de Sed, elle se retourna vers lui et reprit la parole d'un ton parfaitement égal, lui présentant tranquillement Dave. Dave? Tiens, Sed ne savait pas que la Louve avait un chat. A sa connaissance, seul le loup l'accompagnait. Bon, cela dit, il ne se faisait pas d'illusion: ce qui échappait à sa connaissance aurait pu remplir des volumes entiers. Alors, un chat, pourquoi pas, d'accord. Lorsqu'elle décrivit Dave, le serviteur retint un sourire. Avec ou sans ailes, cette soyeuse boule de poil restait un vrai chat, évidemment. Enfin, elle acheva en expliquant, euh, qu'elle n'aimait pas vraiment qu'on s'attaque à son chat. Doux euphémisme, certes. Sed laissa cette fois un sourire jouer sur ses lèvres, sourire lointain mais amusé, et répondit calmement:

    "Oui, j'ai tendance à réagir relativement de la même façon lorsque quelqu'un cherche des noises à mon chat."


    Relativement...il n'avait jamais tué personne pour qu'on fiche la paix à Talisman, mais jamais il n'aurait hésité. Mais pour l'instant, une bonne gueulante, éventuellement sous-titrée disons, physiquement suffisait à maintenir la sécurité de son félin. Bon, il ne pensait cependant pas que la tolérance des gens superstitieux serait allée jusqu'à épargner Talisman si elle avait gambadé seule dans le Château. Au début il la laissait enfermée dans sa chambre, mais la diablesse avait appris à ouvrir les portes. Lassé de lui courir après et ne pouvant se résoudre à la laisser déambuler seule dans les couloirs, voire plus loin, Sed avait alors décidé d'emmener avec lui le chat. Depuis, il promenait, heu...une écharpe de fourrure vivante, chaude et ronronnant avec application.
    D'ailleurs, Talisman s'était mise à jouer les vibreurs en regardant Dave. Instinct maternel? Sed n'en savait rien. Il n'avait jamais eu l'occasion d'observer une mère chatte avec ses petits. En tous cas, la splendide femelle grise avait redressé la tête et ne lâchait plus Dave des yeux, mais sans animosité. Sed décida que c'était à son tour d'essayer de relancer la conversation. Mais comment parler à la Louve, et de quoi lui parler? Il finit par appliquer le vieil adage: parler des points communs avant les différences, et, l'air de rien, en guise d'introduction un peu maladroite, il est vrai, demanda en désignant Dave:

    "C'est la première fois que je vois un chat avec des ailes. D'où vient-il?"


2378 mots arrondis à 2400
48 points XP

Ajoutés ♥
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://wildhorses.fr-bb.com
Contenu sponsorisé










MessageSujet: Re: Morne jour [Champi]   

Revenir en haut Aller en bas
 

Morne jour [Champi]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
RainBow Quest  :: « EPILOGUE. » :: » Mélancolie, ô mélancolie !-